Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

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Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

Message par Cherry le Mer 13 Aoû 2008 - 2:25

La prairie de Diandom était de loin l’endroit de prédilection, disait-on, pour faire d’heureuses rencontres. Peut-être était-ce dû aux grands arbres regroupés en petits oasis, offrant une délicieuse part d’ombre aux marcheurs fatigués. Ou alors, les jolies fleurettes attiraient immanquablement les esprits romantiques? Probablement à cause de tout cela à la fois, à bien y penser…

Peu loin de l’immense étalage multicolore de pétales, un petit champ s’étendait sur quelques mètres. Il était parsemé de petits arbres décoratifs, de jolis cerisiers, tous roses bonbon, qui projetaient leurs ombres loin derrière eux en cet fin d’après-midi plutôt chaude. Fait plutôt incongru, une table se dressait parmi eux, constituée du même bois sombre que ses compagnons. Une nappe blanche en dentelle la recouvrait; ses rebords voletaient doucement sous la brise naissante. De longs doigts fins allaient et venaient sur sa surface, tantôt lissant le tissu, tantôt alignant les deux tasses disposées sur le meuble. Une théière de céramique remplie de thé complétait le décor, ajoutant une touche encore plus étrange à toute la scène : qui était donc cet homme qui venait boire son thé en un endroit aussi inconvenant?

Question facile, si elle était une, de part le caractère précis de chaque objet du paysage. L’homme qui était ainsi assis n’était nul autre que le Pape en personne, l’Atout Connaisseur. Il attendait là la venue d’un autre de ses camarades, l’amateur de la boisson chaude posée sur la table, le Pendu.

D’un mouvement tranquille, l’Atout sortit un petit paquet violet enrubanné de cordelettes noires de sous la table, et l’y déposa. Il caressa un instant l’emballage d’un air songeur, puis sourit, amusé. Il sortit deux cerises d’une poche de sa chemise et glissa l’une d’elles dans sa bouche. Quelques instants plus tard, il glissa deux doigts entre ses dents et en sortit un noyau parfaitement nettoyé. Après un moment d’observation, il l’envoya valser dans les hautes herbes, un peu plus loin. Puis un sourire franc illumina son visage : son invité arrivait!
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Re: Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

Message par Le Pendu le Ven 15 Aoû 2008 - 18:40

Le Pendu traversa le voile entre les mondes comme on traverse un rideau de pluie. Le pas qu'il fit depuis la roche noire, stérile, de la portion d'Huen qu'il avait appris à considérer comme son "domaine", s'acheva sur l'herbe verte constellée de pléiades de pétales polychromes qui constituait avec les champs la majeure partie des plaines de Diandom.
L'immortel à jamais figé entre deux âges s'arrêta quelques mètres plus tard, sans paraître remarquer son hôte : la main en visière sur son front pour se protéger de la lumière brusque des deux soleils (sur le Territoire de la peur, le jour n'était au mieux qu'un concept abstrait, au pire un mythe), il portait son regard sur les champs parsemés de bosquets qui s'étendaient jusqu'à l'horizon, derrière une colline. La brise agitait les épis, les faisant danser au rythme d'une musique aussi ineffable qu'inaudible, et qui se maintenait depuis la nuit des temps, bien avant même la naissance de l'Excuse.
Le Pendu, Machtia Tepētōntli de son vrai nom, murmura pour lui-même -et peut-être aussi pour Cherry- :
"Les vies sont loin d'avoir la constance de la Vie."
Puis il remplaça l'air absent avec lequel il était apparu par un sourire triomphant, que certains diraient sournois, et se retourna vers son, par la force des choses, petit frère.
"Bonjour Cherry ! Dis-moi, ça faisait longtemps que tu ne nous avais pas honoré de tes délicates attentions -depuis la dernière guerre, au moins, à ce qu'il me semble ?", énonça-t-il, s'avançant vers la table mise à l'ombre des cerisiers, avec une alacrité empreinte de bonhommie.

L'Atout paraissait si innocent qu'il n'était pas difficile de l'estimer mielleux et hypocrite -mais, dans la mesure où ce comportement était celui qui lui était le plus naturel, en conclure quoi que ce soit pouvait s'avérer une erreur. Il en était toujours ainsi, depuis aussi longtemps qu'on s'en souvienne.


Dernière édition par Le Pendu le Mer 8 Juil 2009 - 19:15, édité 1 fois
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Re: Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

Message par Cherry le Dim 17 Aoû 2008 - 4:11

Les dents parfaitement immaculées de l’Atout Savant s’étirèrent en un plus grand sourire encore lorsqu’il entendit la voix claire et rieuse de son convive. Il se leva prestement pour l’accueillir , contourna le fragile ensemble portant leurs couverts et vint se placer entre son invité et la chaise qu’il occuperait d’ici quelques secondes. La Cerise passa ses deux bras autours des épaules de celui qu’il appelait son frère et noua étroitement ses mains dans son dos. Certains auraient pu y voir là un symbole plus profond que l’amitié seule, mais c’était toujours ainsi, à quelques détails près, que le Pendu était accueilli par son adorateur. Lorsque la chevelure violette quitta la rousse, Cherry avait les yeux encore plus brillants qu’auparavant. Il répondit d’un ton enjoué :

« Il faut croire que nous étions tous les deux fortement occupés Machtia. Toi par tes mortels, moi par mes mortelles. »

Le Pape n’appuya pas sans nécessité sur la dernière syllabe de sa phrase : Duodecima était loin d’être sot, il comprendrait aisément l’allusion. D’un geste de la main, Cherry invita son aîné à prendre place à la table. Il revint aussi à son siège. Lorsqu’ils furent confortablement assis, l’Atout Connaisseur versa du thé dans leurs tasses. Lui-même ne toucherait pas à la boisson chaude, mais il aurait paru impoli de ne mettre qu’un seul gobelet sur le napperon blanc. D’un doigt, il poussa le verre brûlant vers son destinataire, tout en parlant d’une voix redevenue plus sérieuse :

« Alors, que se trame-t-il d’intéressant au pays des défunts ? Cela fait déjà un moment que je n’y est pas mis les pieds – mon étourderie me perdra. Notre Maître aurait-il trouvé un ingénieux stratagème pour défaire les Jokers ? »

Son manque de zèle lui avait été maintes fois reprochés par une Excuse lasse de ses histoires de couchette. Mais l’Atout n’avait jamais été doué pour être condescendant envers son prochain : il préférait de loin être complaisant avec sa prochaine ! De toute façon, on l’aimait bien par delà l’anti-monde et personne n’aurait songé à le destituer : il faisait très bien son travail, lorsqu’il le faisait.

La boîte précédemment mise sur la table, le petit paquet cadeau, se tenait, inutile, à la gauche du coude du Don Juan. Celui-ci faisait mine de ne pas le voir, attendant finement qu’on lui demande ce qu’était cet objet, ou ce qu’il pu faire là. C’était un petit jeu de patience à savoir qui craquerait le premier, qui serait le plus curieux. Mais, bien sur, Cherry était le seul au courant du ludisme. Il jeta un regard en biais à l’emballage foncé, impatient. Trop impatient. D’une chiquenaude sur le papier, il voulu sciemment attirer l’attention de l’Atout sur la chose, bien qu’il continua d’agir candidement et ne quittait plus des yeux le visage goguenard du Pendu.
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Re: Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

Message par Le Pendu le Lun 18 Aoû 2008 - 19:00

Le deuxième gardien d'Huen se cala un peu plus confortablement sur son siège, et répondit sans même toucher sa tasse. Trop poli, le Pendu n'appréciait pas de boire seul, surtout lorsqu'il n'était que l'invité, du coup il avait pris l'habitude, lors de ce genre de tea parties avec Cherry, d'attendre un peu avant de porter le verre à ses lèvres ; mais en tant que véritable connaisseur passionné, il ne laissait jamais au thé le temps de refroidir.
Ce n'était que l'un des innombrables rituels qui s'imposent au fil des années entre deux personnes proches.

"La dernière fois que je suis venu à Multei, son plan audacieux consistait en une totale inaction. Vu qu'il s'était déjà fait voir des Jokers, il estimait que cette absurde absence de leurs adversaires les plongerait dans un état d'angoisse et de paranoïa satisfaisant."
Machtia haussa nonchalamment les épaules.
"Cela fait déjà un petit moment ; le connaissant, s'il a pu mettre au point une manœuvre plus directe et au moins aussi efficace que celle-ci, il l'a mise en pratique. Cela ne m'étonnerait pas de lui non plus qu'il improvise sans concevoir de stratégie. Peu m'importe.
Les morts me préoccupent plus. Il faut dire que c'est leur royaume commun, après tout. Vois-tu …
"

Lancé dans son explication, Machtia se permit de goûter avec précaution à son ambroisie personnelle.
Il leva précautionneusement coupe et soucoupe, en huma religieusement l'arôme, les yeux clos, puis laissa s'écouler le liquide dans sa gorge.

Quelques instants plus tard, il claqua la langue d'un air appréciateur.
"Parfait !"
Venant de lui, c'était un exceptionnel compliment. Longtemps il s'était demandé l'origine du talent du Pape pour porter le thé exactement à sa bonne température, dans des conditions d'une éclatante étrangeté, loin d'une cuisine moderne. La réponse lui était venue lorsqu'il avait commencé à mieux connaître le personnage, et en particulier ses pouvoirs, mais même ainsi instruit, il s'ébahissait à chaque fois de ce miracle. C'était sans nul doute l'un des mystères persistants qui le retenaient encore sur Decenta Emdor. Ça, et bien sûr le fait qu'il n'avait pas d'autre endroit où aller.

"Il y a eu une escarmouche entre les Piques et les Métissés. Ces derniers auraient agi sur commandement direct de leur dieu, et ils n'y sont pas allés de main morte : cette attaque éclair a duré le temps d'une bataille et fait autant de victimes qu'une petite guerre. Un raz-de-marée de belligérants submerge donc actuellement mes terres, et quand je ne réponds pas à tes invitations j'ai fort à faire pour que mon Territoire retrouve de sa paix coutumière.

Certains sont venus vers moi dans d'intéressantes circonstances …
"

Le Pendu s'occupait rarement de ceux qui traversaient son domaine, mais quand ils troublaient sa sérénité, il prenait sur lui de les guider vers le Territoire suivant, Nuika, d'où il n'entendrait pas leurs hurlements. Cela les rassuraient suffisamment pour qu'ils parviennent effectivement jusqu'au Voile.
Seulement, la Lame n'échappait pas à sa nature misanthrope, et conduire les moutons l'ennuyait ; aussi prit-il l'habitude d'exiger de ses "clients" une histoire, en paiement. Ceux qui échouaient à l'intéresser devaient trouver leur chemin seules, dans l'immensité du Labyrinthe du Pendu, vers la liberté … ou vers les terres d'Huen revendiquées par le Chariot, la Mort ou le Diable.

En temps de guerre, le passeur était moins regardant sur la qualité de son divertissement, et se satisfaisait de la façon dont étaient tombées les Cartes. Il se faisait ainsi une idée assez précise de l'issue des batailles, tout en entendant à l'occasion des récits pleins de la délicieuse et cruelle ironie qui marque les combats à morts.

"On dirait que les disparitions les plus violentes sont le fait d'un seul individu, facilement identifiable dans les témoignages. Cet homme a fait d'assez vilaines choses à un tenancier de bar avec des lames -un certain Max, je ne sais pas si tu le connais. Entre nous, par cet acte, le meurtrier vient de rehausser de façon spectaculaire la qualité moyenne de la cuisine Pique.-, et s'est occupé d'une escouade entière de Métissés. C'était une unité d'élite composée de dragons, tous entraînés au combat, censée venir en aide à un saboteur en cas de problème. Sur ce point, ils ont accompli leur travail : leur protégé vit toujours ; eux sont morts. Ils ont été tordus jusqu'à la rupture des organes internes pour former ce qui devaient être le symbole de Pesda.
Étrange, non ? Un homme qui tue indifféremment Piques et Métissés est une gêne sérieuse pour les mortels.
Le plus intéressant reste néanmoins son aspect. Bien qu'il signe d'un pique, il porte une tenue de combat noire sur laquelle figure un cœur et des carreaux ; mais surtout, il se fait appeler Sxib, le troisième Joker et demi.
Tu sais quelque chose de lui ?
"

Le Pendu s'accorda une autre gorgée pour s'humidifier la gorge, soudain sèche. Il ne voyait pas l'intérêt de dire à Cherry qu'il avait rencontré ce "Joker", et qu'il manifestait d'étranges capacités. Sur le coup, il s'était demandé en quoi elles pouvaient bien consister, mais la parole des morts apportait sur la question un éclairage aussi intéressant qu'inquiétant.
Machtia avait cru qu'il n'y avait que trois Jokers, et s'était toujours débrouillé pour ne pas se mettre sur leur chemin ; mais il y en avait un quatrième, et il avait commis l'erreur de le rencontrer. Il serait regrettable que leurs parcours s'interfèrent à nouveau.
Le Pendu avait commis une erreur, mais le rendez-vous de Cherry lui permettrait peut-être de la réparer dans une certaine mesure. C'était néanmoins un signe inquiétant : plus les Jokers en savaient sur les Atouts, plus il leur serait facile de les traquer … et Machtia, à son grand dam, était un Atout.
D'un autre côté, les Jokers n'avait jamais enseigné aux mortels l'existence de cet énergumène, à ce qu'il savait. Une botte secrète ?...
Le Pendu but silencieusement. Pour la première fois depuis bien longtemps, se pouvait-il que la Douzième Lame soit … en danger ?...

Les enjeux montaient.

Se pouvait-il que la partie, après tant d'année, redevienne aussi excitante qu'au début ?
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Re: Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

Message par Cherry le Sam 23 Aoû 2008 - 2:50

L’air absent, l’œil hagard, la Cinquième Lame écoutait sans bouger le monologue de l’Atout du Malheur. Ses mots s’encraient dans son esprit à la manière d’une machine à écrire, lui-même faisant office d’encyclopédie universelle. Universelle mais pas omnisciente, à son grand malheur. L’Information écrite et diffusée lui était inévitablement transmise par le biais de ses pouvoirs, mais les secrets profonds de chaque être lui demeuraient inaccessibles. Comme il aurait aimé pouvoir se glisser fébrilement dans les esprits de ses congénères et grappiller des miettes d’Histoire ici et là. Peut-être alors aurait-il pu répondre à l’obsédante question qui le tracassait : Qui Savait que la Terre existait? Il n’en avait pas touché mot à quiconque – la plupart des gens qu’il connaissait ignorait la présence d’autres mondes de toute façon – et n’avait toujours pas l’intention de le faire. C’était plutôt un cas qu’il prenait personnel, du fait qu’il s’était cru unique durant un temps. Ses dons dépassaient l’entendement, il s’en apercevait bien, voilà pourquoi il n’aimait pas discuter de son Savoir avec ses compères : ils ne comprenaient pas!

Le chapitre sur le magistral plan de l’Excuse laissa la Cerise de marbre – depuis quand l’oisiveté était-elle considérée comme une offensive efficace? – et il était déjà en partie au courant du massacre Pesdien – il avait d’ailleurs eu l’honneur de rencontrer l’une des attaquantes métissées. Il hocha doucement la tête pour gratifier l’éloge que le Pendu lui avait fait, bien qu’il y fût, d’une certaine manière, plus qu’habitué. La perfection le frôlait souvent, pour peu qu’il se mettre à user de ses Connaissances comme point de départ à un quelconque projet – culinaire, musicale, artistique ou tout autre. D’ailleurs, il n’inventait rien lui-même, il reproduisait, tout simplement. Ce détail cependant, il se gardait bien d’en faire part à la plèbe. Le mérite lui revenait donc, immanquablement.

Sxib… Le nom prit une place importante dans sa mémoire, dans la même section que le cas « Terre ». Il était spécialement intéressant pour Cherry de se faire dire que l’être se prenait pour un « Joker et demi ». Il n’était vraisemblablement pas entier et le savait lui-même. Un mauvais Joker sans doute – pour autant qu’il y ait de « bons » Jokers – de part le fait qu’il commettait notoirement des actes abominables sans la moindre once de pudicité. Un Joker qui s’opposait aux autres Jokers, car il détruisait leur création. Une nouvelle Carte s’abattait sur la table, non pas dangereuse pour le moment, mais sensiblement imprévisible, ce qui revenait considérablement au même, à vrai dire. La Cerise profita de la question pour glisser un fruit entre ses lèvres et répondit d’un ton rendu paisible par la saveur sucrée de la baie :

« À bien y pensé, je doute fortement d’en avoir entendu parler… »

Il laissa sa phrase en suspend un instant en pianotant nerveusement sur la table de ses longs doigts. Une idée venait de frôler son esprit. Une réponse, plutôt insensée, mais qui règlerait beaucoup de questions : Et si c’était ce Sxib qui Connaissait la Terre? Cela expliquerait le fait qu’il fût resté caché aussi longtemps… Ou pas.

« Par contre, on peut établir quelques hypothèses de ton histoire. Premièrement, si ce n’est pas un Joker, il possède du moins leurs pouvoirs destructeurs. Ensuite, il reprend leurs armoiries – Cœur, Carreau, Pique. Pour un peu, je ne serais pas surpris qu’il se fasse passer pour un Trèfle – quoiqu’avec la tunique qu’il porte, il est plus probable qu’il se glisse dans le camp des Rouges. »

Cherry saisit un nouveau bigarreau et l’échangea dans sa bouche contre le défunt noyau – qui rejoignit son précédent compagnon dans les herbes hautes, sous les cerisiers. On pouvait facilement attribuer leur présence aux ripailles fruitées de l’Atout. Il continua son discours sur le même ton :

« Néanmoins, le fait qu’il se présente lui-même comme une sorte de Joker me parait louche : ces Dieux de pacotilles tiennent plus que tout à leurs cachotteries et abhorrent leurs sorties « publiques » : ils ont beaucoup trop peur que les méchants Atouts viennent les renverser! »

Il finit la phrase avec une inflexion légèrement méprisante – mais lui seul savait s’il visait par là les Cartes sans numéros ou son propre peuple…

« Dans tous les cas, je ne vois pas là de raison de s’inquiéter : il semble d’avantage vouloir s’en prendre aux Jokers qu’à nous-mêmes, ne serait-ce que par ses agissements. Il est par contre déplorable d’avoir à essuyer autant de pertes cartiennes à cause de ces êtres célestes. J’ignore ce qui les démangent tout à coup, car ces hécatombes ne leur sont pas plus profitables qu’à nous. Peut-être s’ennuient-ils… »

La Cinquième Arcane haussa doucement les épaules pour appuyer son soliloque. L’ambiance frôlait maintenant le point de congélation : quelle idée aussi de demander des nouvelles du monde… Elles étaient assurément mauvaise – sauf s’ils s’étaient trouvé sur Nittion, planète Utopique où les fleurs sont toujours roses, les oiseaux sont bleus, le soleil brille, etc. Les yeux de l’Atout parcoururent rapidement la table, histoire de trouver un sujet de conversation plus gai, et tombèrent sur le présent. Avec une moue indolente, il poussa du bout des doigts le paquet devant Duodecima. Une lueur sans nom éclairait ses yeux, tandis qu’il murmurait presque religieusement :

« Bonne fête… »

Ce n’était surement pas l’anniversaire de l’Arcane, mais dans l’inconnu, Cherry avait choisi une date au hasard. Une date où ils se rencontreraient, naturellement.
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Re: Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

Message par Le Pendu le Mer 3 Sep 2008 - 18:25

La seule tasse de la table à remplir son rôle de contenant revint prestement se poser sur ladite table : le Pendu avait besoin de ses mains.
"Oh, comme c'est charmant !", s'exclama l'Arcane du Malheur, du Doute et de l'Impuissance en levant les phalanges à hauteur de poitrine, les doigts recourbés comme des serres, les pouces et les index se touchant, dans un geste de pur ravissement. C'était un geste dont il était réellement satisfait, car associé au ton adéquat, il faisait sortir de leurs gonds la plupart des Cartes qui l'avaient déjà supporté pendant plusieurs bonnes semaines.
Mais Cherry avait supporté Duodecima pendant bien plus longtemps, et la provocation machinale ne l'affectait absolument pas dans ce sens.
"Un cadeau ? Pour moi ?", poursuivit l'immortel roux en saisissant prudemment le précieux don. "Mais alors ce jour est à marquer d'une seconde pierre blanche, à côté de celle rappelant ton invitation ! Autant dire que dans ma sombre maisonnée, il se détachera de loin sur les rochers noirs !"
Les doigts de Machtia, comme animés d'une vie propre, couraient, s'arrêtaient, repartaient, tressautaient, tâtaient, galopaient, glissaient sur l'emballage pourpre avec une dextérité anormale.
À voir ses yeux, son cerveau avaient quant à lui momentanément interrompu la partie : comme l'avait dit le sage Pape, ce Sxib, indépendamment de l'orthographe exacte de son imprononçable nom, ne représentait pas une menace pour les Atouts. Dans l'avenir, peut-être, mais pour l'instant le duo mal assorti des Atouts du Doute et de la Confiance était en sûreté autant qu'on pouvait l'être. Nul besoin de s'inquiéter tout de suite : le temps des duels viendrait plus tard, longtemps après le moment présent dont il convenait de profiter …
Le dossier Sxib fut classé dans un petit tiroir poussiéreux de l'antique univers intérieur de l'Atout pour étude ultérieure, et le tiroir fut refermé sans bruit.

Les efforts conjugués des innombrables articulations finirent par porter leurs fruits : le Pendu crut identifier le genre de don auquel il avait eu droit -mais il s'agissait là d'un type d'objet pour lequel les finitions étaient de loin plus importantes que la fonction, et le sens tactile énormément développé de l'Atout ne suffisaient pas à estimer la valeur du présent. De fait, la surprise était préservée, et ce à un point que le Pendu n'aurait pu prévoir.

Aussi leva-t-il un petit doigt et la tête pour émettre une demande polie.
"L'impatience me dévore comme le temps dévore les mortels -ce qui prouve que sur ce point les hôtes premiers de la Création des Jokers seraient logés à la même enseigne que nous (et pourtant nous n'habitons certes pas le même monde) si nous ne possédions l'immense avantage d'avoir en la personne de notre ô combien estimable Excuse un Atout dans notre manche. Hé. Hé. Hé."
Le rire pesant, définitif du Pendu intervenait comme un contrepoint bancal au verbiage hâtif qui précédait -comme l'angélus dissone avec le cliquetis frénétique de l'aiguille des secondes, heureusement trop ténu pour être perçu.
"Puis-je ?", conclut-il en désignant l'enveloppe violette d'un vif mouvement de ses yeux rouille.
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Re: Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

Message par Cherry le Sam 6 Sep 2008 - 4:12

Le cœur aventureux du Pape augmenta ses battements vitaux, signe bien maladroit qu’il appréhendait et espérait à la fois que son aîné ouvre l’emballage, tant à cause de la nature du contenu – qui pourrait, entre autre, aider à détruire ce monde – que par la réaction de Machtia. L’Atout Érudit serait plus que peiné de lui déplaire, bien qu’il sache que l’ancien Trèfle cacherait de son mieux sa déception – de même que tout autre sentiment négatif qu’il pourrait ressentir. C’aurait été stupide d’attendre, d’une part de la table comme de l’autre, la pleine vérité, car leur duo fondait leurs deux existences sur le mensonge, l’hypocrisie, la duplicité, et, sans oublier, la fourberie. Un accord tacite, qui avait été établi d’un coup d’œil, selon lequel rien de ce qui était dit et fait ne valait un véritable regard au fond des yeux, miroirs de l’âme et de ce qui était vrai. Ainsi, bien que l’absence éventuelle d’émotions de son frère le bouleversait au plus profond de lui-même, la Cerise se contenta de sourire innocemment face à l’emballement de l’Arcane Ambiguë.

« Je suppose qu’en considérant le fil du temps qui s’écoule, la bobine de ta patience doit être au bout du rouleau. Je ne voudrais pas te faire attendre une seconde plus, inutile d’abuser de ton temps. »

Alors que les doigts agiles du Pendu produisaient un bruit de papier froissé assez agréable aux oreilles, l’esprit de Cherry vagabondait ici et là autour du présent. Ses pensées accrochèrent d’abord la cordelette qui nouait le tout : fibres cueillies à même le champ dans un coin retiré de Thear, puis tressées avec le meilleur métier de la capitale flottante de Diandom, pour finalement être finement nouées sur l’emballage en un nœud de complexité indescriptible. Le papier de soie venait de véritables vers, élégamment entretenus chez un Trèfle qui s’était vu offrir ces insectes par l’Atout Cinquième. Enfin, le cadeau même avait été dument travaillé par des mains expertes, durant des heures de labeurs infinies. Le mécanisme de l’objet avait nécessité à lui seul de nombreuses nuits blanches chez Cherry, puisque c’était lui qui avait monté l’objet et ses composantes, intérieures et extérieurs, en entier.

« Je l’ai trouvé dans une jolie boutique Pesdienne – avant que tout ne soit détruit. La marchande ne m’a expliqué son fonctionnement exacte, mais il devrait t’être assez aisé d’apprendre en tâtonnant. »

Ce fut comme si une lame glacée lui pourfendait l’estomac, mais ce mensonge était plus que nécessaire : il était vital. Si quiconque – et plus particulièrement l’Excuse – venait à apprendre ce qu’il avait et était en train de faire, son statut d’ennemi des Dieux numéro cinq aurait été fortement compromis. Le hasard n’était pour aucune façon responsable des lois strictes régissant le monde du Pape : son supérieur ne pouvait se permettre de le laisser importer quoi que ce soit de n’importe où, cela aurait été impensable, tant pour le maintien de Decenta Emdor dans l’univers que pour la santé mentale de ses habitants. Cherry avait cependant désobéi, à sa manière : non pas en emmenant directement l’objet de son désir dans son monde, mais en utilisant son Savoir pour reproduire – et améliorer – l'outil.
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Re: Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

Message par Le Pendu le Dim 14 Sep 2008 - 18:07

L'objet évoquait une montre à gousset.
De la forme cylindrique renflée caractéristique de ce genre d'appareil, il était recouvert d'une cuirasse dorée recouverte d'arabesques où transparaissait en filigrane l'emblème de la Sapience, le fruit de la Connaissance de l'arbre du Bien et du mal -une grappe de cerise. Cette seule illustration suffisait à authentifier l'appareil comme le don de Cheryri, le Pape. La Cinquième Arcane avait-elle été ravie de ce qu'un objet si propre à servir d'offrande au Pendu soit également marqué de son sceau, ou bien avait-elle, des années avant ce rendez-vous insignifiant au regard de l'éternité, influencé l'artiste pour qu'il y appose ce symbole ? Pour ce qu'on en savait, le Pape aurait tout aussi bien pu avoir fabriqué lui-même l'artéfact. Qu'il n'ait jamais oublié ses origines de maître horloger (hypothèse aussi crédible qu'une autre au demeurant : le passé de Cheryri était aussi connu que celui de Machtia, ou que le secret de la naissance de Zoveda ; par bien des côtés, les Atouts étaient des mystères aussi bien pour eux-mêmes que pour les autres), qu'il ait appris à manier les délicats rouages dont sont faites les entrailles des mécanismes durant les éternités d'ennuis dans lesquelles étaient forgés ses jours, ou même qu'il ait simplement Su concevoir les horloges par le biais de son attribution, les sources possibles où pouvait s'abreuver son adresse ne manquaient pas.
L'autre face de l'objet, sobrement décorée de suggestions d'esquisses abstraites, comportait un trio de molettes. Correspondant à …? Patience, cher lecteur, patience ! Leur usage te sera révélé au moment opportun.
À l'opposé d'une attache où une chaînette en or prenait racine fut trouvé une fente, infime, entre les dorures, et la bogue d'or fut ouverte.
L'intérieur du couvercle était orné du profil d'un arbre fruitier, dont la nature paraissait si évidente qu'on ne s'en soucia pas ; car la place du cadran de l'appareil passionnait bien plus.
La place du cadran ? En lieu et place du sempiternel disque blanc d'où le nombre de minuit dominait sur ses onze frères, se trouvait trois parois de verre, entre des entrelacs de métal d'une complexité byzantine. Dans chacun de ces aquaria nageait un symbole -une fourmi, un serpent et une lune.
Tous étaient figés comme emprisonnés dans de l'ambre. Le mécanisme demeurait muet.

Le Pendu fit glisser de son doigt l'une des molettes dorsales ; sans un son, un sablier stylisé prit la place du serpent.
Un long instant s'écoula.
Puis les cadrans s'affolèrent. Sans préambules, les icônes gravées tournoyèrent, feuilles mortes dans la tourmente des engrenages privés de raisons d'être, tournoyèrent comme si elles ne devaient jamais s'arrêter. Elles s'immobilisèrent pourtant, pétrifiant en plein galop un fœtus, une rune composée de deux lettres antiques et un bouclier ; pendant à peine une seconde ; puis elles repartirent, se transmuèrent cette fois en un grelot, un volcan et un diablotin. Et encore en une autre série de symboles ; en tout, plus d'une quinzaine de signes hermétiques défilèrent en un éclair sous le regard neutre de l'Arcane Douzième.
Puis revinrent le sablier, la fourmi et la lune ; et tout fut fini.
Le hurlement mécanique de rouages fiévreux qui s'était fait imperceptiblement entendre durant le sortilège s'était tu ; le silence et l'immobilité reprirent leurs droits sur le système.
L'âme de l'objet s'était rendormie.


Le Pendu contempla longuement l'insondable antiquité. Ses yeux de rouille semblaient morts ; aucune émotion ne s'y reflétait.
Pas même l'ennui qui pesait d'habitude sur le Doute.

Enfin il releva les yeux, et dit simplement à Cheryri :
"Merci. C'est exactement ce qu'il me manquait. Bien joué, Cheryri."
Et il sourit.


Un nouveau mécanisme inédit, qui ressemblait à une montre, mais sans pour autant en être une.
Des dizaines, au bas mot, de symboles aux significations ésotériques subtiles -le langage des rêves.
Des heures de perspectives à appréhender l'objet, simplement jouer avec, se surprendre de ses réactions …
Puis les intuitions, les hypothèses, les théories. Les jeux se font moins innocents, l'horloger en sait un peu plus long sur le sujet. Il se trompe, obtient des réponses absurdes, ou rusées ; mais chacune de ces réponses affûte un peu plus son esprit aiguisé. Il ne démonte pas le mécanisme ; il est le mécanisme, c'est en lui que tournent les rouages innombrables ajustés par la science, c'est en lui que les éléments s'ajustent en cliquetant, en lui que les choses se jouent. Par essais et erreurs il apprend, il progresse. Finalement, l'énigme n'était pas si complexe : elle ressemble tellement à ce qui s'est déjà produit. Les mortels ont si peu d'imaginations, l'horloger se lasse de ses jeux, il escompte le changement, pas l'immobilité, alors il ouvre le mécanisme et avec ses connaissances il ajuste, il échange, il refaçonne les mécanismes de l'âme pour la sculpter en quelque chose de plus étrange, plus amusant, plus complexe …
Puis il se désintéresse de l'objet : un autre lui tend déjà les bras.
Parfois les modifications rendent l'objet plus efficace ; souvent elles le cassent. Peu importe. L'important n'est pas l'efficacité, mais seulement … le sacrifice de temps.


Le Pendu a tout son temps pour étudier ce pour lequel Decenta Emdor n'a pas encore de nom. Dans son repère secret, creusé par des singes de terre et des âmes damnées dans les contreforts les plus désolés d'Huen, nul ne viendra le déranger. L'Excuse elle-même évite l'endroit, les Atouts restent dans leurs propres cachettes, les morts trépassés passent sans s'élever aux cieux, sous les nuages de l'enfer marbrés d'ecchymoses de lumière, jusqu'à cet antre sublime où, faute de place, depuis des siècles des appareils de tous types, uniquement liés par une thématique commune, tictaquent en cœur entre la pluie occasionnelle et les vents. À l'unisson mais pas dans le même sens. Car …

"Dis-moi juste une petite chose, ou bien deux, loin de moi l'idée d'exiger des indices quant à son fonctionnement, je l'exhumerai bien assez tôt des miasmes du temps à défaut des ruines de Pesda, mais simplement, par tout ce qui est trivial, pour l'entretien.
Dis-moi, craint-il l'eau, ce petit ?
Et quel est sa source d'énergie ?
"

… sur les terres du Pendu, là où les falaises de rocs obscurs s'élancent à l'assaut du ciel, les orages fréquents foudroient les Icare inconscients tentant de s'échapper du labyrinthe en vol … et dérèglent les engins électriques.
Le premier tiers des horloges de Huen est immobile, piégé entre deux instants ; l'autre fonctionne selon les règles des vivants ; et le troisième, sans relâche, marque le passage du temps à reculons.
Mais par un mélange de hasard et de réglages minutieux dus au désœuvrement du Pendu, qu'il soit horloge ou montre, frustre ou délicat, exposé à la colère des cieux ou à l'abri, chaque mécanisme bat la mesure exactement sur le même rythme que son semblable, dans un accord parfait …
Tic. Tac. Tic. Tac.
Tic. Tac.
Tic.

Ce serait dommageable que l'aléthiomètre ne survive pas à ce climat.
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Re: Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

Message par Cherry le Sam 4 Oct 2008 - 19:52

Relâcher un chien enragé dans une pouponnière aurait sans doute été moins dangereux, pensa la Cerise après avoir vu un sourire naître sur la bouche de son torve frère, mais l’utilité de la chose en aurait été aussi largement diminué.
Tandis que l’Arcane Douzième observait l’alé… la montre, Cherry vida nonchalamment sa tasse de thé froide sur le sol, à sa droite. Il haussa brièvement les épaules pour accueillir le compliment. Une image mentale d’un arbre qui s’effondre s’imposa dans son esprit. Autant pour son humeur, qui tombait maintenant en flèche, sans toutefois emporter ses lèvres qui bravaient stupidement la gravité.

Une question tomba.
Puis une autre.

Cherry détacha délicatement les muscles tendus de ses joues avant de répondre aux interrogations inutiles du Pendu. À nouveau, la chute d’un géant arboricole se matérialisa à ses pensées.

« Ce petit, comme tu dis, est théoriquement indestructible : je suppose qu’il n’y a pas de craintes à avoir de ce côté donc… »

Un craquement horrible. La décadence de la forêt mentale de Cherry se perpétuait à merveille.
À chaque fois, sa main gauche plongeait sous la table, allant retrouver son éternel compagnon meurtri – la cuisse de l’Atout – et le mordait de toutes ses forces.
Avec ses ongles, à défaut de dents.
Pourquoi tu paniques autant… Ça ne devait pas être différent pour cette fois-ci.

« Le seul problème évident que tu vas rencontrer, ce sera pour le nourrir. Il a besoin d’une goutte sanguine par an et elle doit être prise sur un mortel encore vivant. Et consentant. Il y a une fente à l’intérieur qui s’ouvre lorsqu’il a faim. Ne le laisse pas mourir, il serait alors irrécupérable.»

Pourquoi avoir ramener un principe aussi bas pour faire exister cette bestiole…
Un vampire métallique buvant du sang et crachant la vérité.
Un monstre qui détruira Decenta Emdor.
La perfection incarnée.
Et un nouvel arbre qui tombe.

La conversation s’essouffle. Il sera bientôt temps de séparer ce qui doit l’être, et chaque Atout retournera vaquer à sa propre fin.

Le Pape se leva tranquillement de son siège, signifiant délicatement la fin de l’entretien - Non, rien d’autre n’avait été prévu que de remettre le vampire – et d’un claquement de doigts expert, envoya la table et son contenu dans une autre dimension.
Cheryri s’approcha de son supérieur et inclina doucement la tête vers lui. Plus de démonstrations d’amour fraternel pour aujourd’hui semblait-il.

« Au revoir Machtia. J’ai été heureux de partager une tasse en ta compagnie. »

Leurs yeux ne se croisèrent pas.
Rien d’autre.
La Cinquième Arcane tourna les talons et rentra directement s’ennuyer sur Najen.
Et peut-être, ensuite, allait-il aller s’oublier à Nuika.

[Je te laisse le mot de la fin^,^ Et franchement désolée si c'est si court >.<]
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Re: Thé et cerisiers (PV Pendu) [CLOS]

Message par Le Pendu le Ven 17 Oct 2008 - 19:04

[J'apprécie ta faveur à sa juste valeur !
Au fait, il me semble que Saint-Exupéry dit un jour : "Il semblerait que la perfection soit atteinte non pas lorsqu'il n'y a plus rien à ajouter, mais plus rien à retrancher."
La brièveté est parfois un gage de qualité.]

Le Pendu suivit des yeux le départ de son unique acolyte, jusqu'à ce que sa silhouette élancée -accablée ?- se soit fondue dans le voile séparant les mondes.

Malgré l'éternité qui séparait les deux Atouts de leur première rencontre, le Pape avait encore parfois des réactions imprévisibles ; le Savoir qui lui donnait sa force le rendait parfois triste, ou joyeux, en des moments absurdes où nul sur Decenta Emdor n'aurait pu le comprendre. Ses actes obéissaient à des motivations nées de visions que nulle Carte, incapable de rassembler l'ensemble de ses constituants au cours de sa vie trop petite, ne pourrait jamais évoquer. Le Pape voyait le jour là où quiconque plissait les yeux dans les ténèbres ; le manipuler était impensable, car nul ne pouvait le comprendre.
D'une certaine façon, le buveur de sang qu'il avait laissé à son "ami" était à son image : ses rouages délicats étaient hors de portée des mortels … fussent-ils Pesdans.

Quand la Douzième Lame réintégra enfin les rangs des êtres animés, elle balaya du regard son environnement sans paraître le comprendre, comme au sortir d'un songe, comme si elle remarquait pour la première fois l'enclave de bois rosis de pétales qui formaient un îlot au sein de la vaste mer des champs diandomais ; mais cette vision délicate élue de Cheryri ne présentait dorénavant aucun attrait pour Machtia. Son esprit était ailleurs, dans un monde sans couleur ni vie, en compagnie d'une montre orpheline … dont il se moquait bien, au demeurant, de connaître la véritable origine : quels que soient les tréfonds démoniaques d'où le Pape avait tiré les secrets des machines buveuses de sang, quel que soit le métal qui conférait à la chose une perpétuité à la mesure d'un Atout, quelles que furent les motivations de Cheryri …
… le fonctionnement de l'objet seul l'intéressait ; en aucun cas ses inventeurs, dont la chair et les os devaient être, depuis bien longtemps, revenus à la poussière.

Sans raison particulière, Machtia tourna les talons avant de s'enfoncer vers l'Enfer dont il était sorti.

*Mais j'y songe … Cette montre n'a pas le monopole de l'impénétrabilité, de l'étrangeté, et de l'origine incertaine …
Sxib …
La prochaine levée sera nôtre, mais tu me ferais un grand honneur en me confiant auparavant ta valeur en points ; tue des mortels autant qu'il t'en plairas, mais aie du moins la politesse de t'introduire auprès de ceux qui comptent.

Deux énigmes, en si peu de temps … à croire que ce siècle sera divertissant.
*


Dans un lieu anonyme des prairies de Diandom, seules quelques traces de pas témoignaient d'un passage récent. Seul le vent murmurait entre les branches chargées de fleurs, et la gracieuse et inéluctable chute des pétales y était le seul mouvement décelable.
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