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Message par Robert Begarion le Ven 26 Sep 2008 - 23:02

Un nuage de poussière tourbillonnait le long de la route de Fièrallure. La cavalcade était impeccablement ordonnée, comme seules les montures militaires savent s'y rythmer. À toute berzingue, galopaient cinq chevaux tout de rouge harnachés. L’oriflamme écarlate battait au vent, cœur coiffé d’une couronne, autrement dit une mission royale. Et au lointain se dessinait la silhouette d’une des plus puissantes forteresses de Thear. Si leur domaine ne brillait ni par son étendue ni par son opulence, les sires de Fièrallure avaient très tôt compris qu’on ne tenait pas des terres avec des charrues et des houes. Pour ce qu’en savait Robert, la place n’avait jamais été prise, même du temps de la Rébellion de l’Est, lorsque le Roi de Cœur avait perdu d’un coup un tiers de ses vassaux. Le royaume n’avait été réunifié qu’un siècle plus tard, et Haldebert de Fièrallure avait à son tour ployé le genou. Tout cela, Robert Begarion l'avait appris de longue date, en fin connaisseur de la chevalerie et de son histoire.

L’actuel seigneur des lieux, un nommé Ar’Kass, sans grande réputation guerrière, venait de succomber à une chute du donjon maître, et n’aurait sans doute pas été si vite identifié si un palefrenier n’avait assisté à la défenestration. Car meurtre il y avait bien eu, avec une vague lettre de revendication, certainement écrite sous la menace, d’après ses informations. Etonnant toutefois que les Piques –auteurs présumés du crime– aient recouru à une mise à mort si archaïque, eux si friands de joujoux cracheurs de feu. Une bonne flambée est une flambée de flammes, pas de tube en plastique à loupiotes multicolores. Toutefois, le meurtre d’un grand du royaume était suffisamment préoccupant pour que Sa Majesté mandate un pourvoyeur de Justice éclaircir les faits. S’immiscer dans une guerre déjà entamée n’enchantait guère le suzerain, fut-ce pour venger un ami cher.

Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que l’expédition se présenta enfin au portique de la citadelle. Robert demanda une torche, balaya son étendard avec les flammèches, et la herse se leva doucement. Les quatre hommes démontèrent et menèrent leurs montures à la bride. Le chevalier resta quant à lui en selle, et exigea qu’on réveille celui qui tenait la place. Oui, peu importe l’heure, il s’en contrefichait profondément. La sentinelle repartit vers le donjon en maugréant, puis revint avec le capitaine des gardes, bombardé gouverneur provisoire en l’absence de l’héritier, dont nul ne savait où il vadrouillait depuis deux mois. Un écuyer emmena son palefroi et l’homme le conduisit aux appartements seigneuriaux, où nul n’avait jugé bon de faire le ménage. Comme si on pouvait trouver la moindre information dans une scène de crime en bazar.


« Rangez-moi tout ça, nom d’un Atronach ! Vous pensiez peut-être qu’on identifierait le meurtrier en ramassant des morceaux de verre sanguinolents ? Et passez-moi cette foutue lettre, que je sache enfin ce à quoi ressemble cette soi-disant preuve ! »

Robert défourailla une liasse de papiers de sa sacoche. Des missives de sire Ar’Kass au Roi, à caractère hautement confidentiel, mais dont il était parvenu à se procurer quelques feuillets afin de les comparer au style et à la prose de la pièce à conviction. Ce ne serait même pas nécessaire, en fin de compte. Autant la mise en scène du meurtre avait une certaine élégance, autant la littérature n’était clairement pas la tasse de thé du scénariste.

*Mais par les trois Jokers ! Qu’est ce que c’est que cette manière de s’adresser à son seigneur et maître ? "Cher roi" : c’est d’un outrecuidant vandalisme avéré envers toutes les formes de déférence nobiliaire, jamais un si haut personnage n’aurait proféré cela...*

Il y avait assurément coup monté. Mais sans savoir qui était derrière toute la manigance, l’information avait peu de valeur. Robert devait en savoir plus, promptement qui plus est. Car nombre de seigneurs belliqueux ou avides de rapines auraient tôt fait de réclamer vengeance et de s’associer aux détracteurs des piques. Mais par où commencer ? Nulle porte n’avait été forcée, les gardes à l’entrée de la tour n’avaient vu absolument personne : à croire que l’assassin s’était envolé.

*Un carreau. Absence de signature. Excellente signature. Amateur prétentieux, va.*


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Message par Parthénis [PNJs] le Jeu 9 Oct 2008 - 22:32

Robert fut tiré de ses réflexions par une voix éraillée.

"Puis-je entrer, Messire ?"

À la porte de la chambre se tenait un vieil homme en habits élimés. Ses cheveux étaient d'un blanc neige assez rares chez les vieillards, dont la chevelure virait plus souvent au gris pâle ou au jaunâtre. Sans attendre la réponse à sa question, qu'il n'avait posé que pour respecter les formes, il entra d'un pas digne et raide. Il était très maigre et se tenait aussi droit que faire se peut, si bien qu'on avait parfois l'impression en le regardant de voir une miniature de donjon prendre la tangente loin de son modèle réduit. L'intrus avait nom James, et était le majordome du seigneur Fièrallure -de feu le seigneur Fièrallure.

James s'arrêta devant Robert, dans une attitude que quelqu'un ne le connaissant pas aurait qualifiée de garde-à-vous, mais qui était en réalité sa posture habituelle. Son regard croisa celui du chef de la garde, et des étincelles fusèrent. Les deux hommes se détestaient cordialement depuis si longtemps que l'un des plus grands mystères du château, qui occupait les serviteurs pendant leurs heures de loisir, était de retrouver la raison de leur brouille originale. La situation actuelle n'avait rien arrangé, le majordome estimant que confier le commandement du domaine à un vulgaire garde était parfaitement stupide, que ces gens là ne savaient rien faire d'autre que rester plantés devant une porte, alors l'organisation ne m'en parlez pas !... et cetera ; le garde jugeant quant à lui que c'était une œuvre de bienfaisance envers l'héritier -s'il revenait un jour- que de lui épargner la peine de devoir décrocher James des rênes du pouvoir.

Le majordome ramena son regard sur l'émissaire royal, s'inclina devant lui -juste assez pour lui marquer sa déférence, mais suffisamment peu pour lui faire comprendre qu'il n'était à ses ordres que parce qu'il le voulait bien-, et lui dit de sa voix cassée :


"Si vous avez besoin de quelque chose pour votre enquête, je suis à votre service."

En vérité, il voulait tout simplement être aux premières loges, au cas où l'on trouverait effectivement l'assassin de feu son maître. James avait suffisamment aimé servir Ar'Kass pour apprécier l'idée de voir son meurtrier arrêté, et si possible torturé un peu …

Et comme ça, il était au plus près de ce qui, dans les jours à venir, allait déterminer la suite de la vie du domaine. Le meilleur endroit pour agir est toujours le cœur de l'action.

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Re: Begarion mène l'enquête.

Message par Robert Begarion le Dim 12 Oct 2008 - 0:52

L'essentiel des réflexions dont fut tiré Robert par une voix erraillée consistait en une succession d'idées de poursuites d'enquêtes pas plus abouties les unes que les autres. Le continent carreau était vaste et éloigné, et l'assassin était très probablement encore sur Thear, mais ne valait-il pas mieux remonter à la source ? Ou bien y avait-il encore d'autres indices par ici qu'il eût négligés ? Alors que faire dans l'immédiat ? Procéder à des interrogatoires dans les milieux proches du défunt ? Se renseigner sur quiconque avait eu un contentieux avec lui ces trois derniers mois ? Faire abattre toute la volière du château par mesure de précaution ? Robert ne savait trop quoi décider, en fin de compte, et cela le minait passablement de s'éterniser en haut d'une tour frigorifiée, alors qu'il serait logiquement en train de pourchasser l'assassin à bride abattue si les sentinelles avaient fait leur devoir : donner l'alerte avant de mourir. Personne n'avait songé à effectuer l'un ou l'autre, tous des incapables.

L'arrivée spontanée du majordome lui redonna soudain une étincelle de combativité. Il rendit poliment son salut au personnage, et l'aborda sans ambages.


"Si vous venez directement vous présenter devant moi, c'est soit parce que vous disposez d'un exceptionnel sens de la courtoisie, à la limite de la télépathie, soit parce que vous avez de bonnes raisons de penser pouvoir m'être utile. Faites-moi donc profiter de votre point de vue concernant cette défenestration peu commune, mon brave James."


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Re: Begarion mène l'enquête.

Message par Parthénis [PNJs] le Sam 18 Oct 2008 - 22:47

James se rengorgea. Le seigneur Begarion lui demandant son avis, à lui, sur cette sombre affaire. Alors que ce crétin de capitaine de la garde en était réduit à tenir la porte …

"Et bien, messire, j'ai beaucoup réfléchi au problème. Au moment du drame, feu mon maître -puisse la Rouge garder son âme- était seul dans cette pièce. Le seul témoignage que nous ayons est celui d'un palefrenier qui l'a vu passer par la fenêtre. Mais il y avait pourtant un certain va et vient dans la cour, et personne n'a vu l'assassin. La seule trace qu'il ait laissée est ce grand Pique. Cependant, je ne pense pas que feu le seigneur Fièrallure -que Rony le garde- ait été suffisamment important pour qu'un étranger l'assassine. Non, ce que je crois, c'est qu'il s'agit là d'une abjecte manœuvre politique ! Sûrement un vil Eaussèche ; je suis certain qu'ils convoitent le domaine depuis longtemps …"

Eaussèche était une minuscule bande de désert coincée entre Fièrallure et des régions plus montagneuses. Comme son nom le laissait deviner, l'endroit était particulièrement aride, et, adaptation, coïncidence ou convergence évolutive, tels étaient aussi ses seigneurs. Une querelle mal liquidée traînait entre les deux familles depuis que l'oncle du père d'Ar'Kass avait préféré épouser une noble de la côte plutôt qu'une Eaussèche ; et il est vrai que mettre la main sur Fièrallure aurait été une amélioration de statut bienvenue pour le seigneur Eric, actuel chef de la famille.

"D'ailleurs, ne trouvez-vous pas étrange que le fils de feu mon seigneur -puisse la Dame du Volcan prendre soin de son âme- ait justement disparu, juste maintenant ? Ça ne m'étonnerait guère qu'il soit tombé dans une embuscade de ces vils traîtres !"

James parlait avec une conviction inébranlable, qui lui donnait presque un air animé. Le capitaine restait coi, mais en son for intérieur songeait que la théorie du complot était bien la seule chose qui décoinçait un peu le majordome et lui faisait quitter son air emprunté.

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Re: Begarion mène l'enquête.

Message par Robert Begarion le Sam 1 Nov 2008 - 19:49

L'idée laissa Robert perplexe un instant. Il rumina cette théorie : la maison Eaussèche était connue pour sa rouerie et le peu de conviction avec lequel elle respectait ses engagements. Aucun monarque n'avait jamais placé le moindre bataillon sous les ordres d'un Eaussèche depuis près de quatre cents ans et la débandade de Grandvent. Cela dit, l'autre moitié de la réputation de cette suintante famille provenait du nombre impressionnants de conflits l'impliquant qui s'était conclus sur un duel, souvent victorieux. L'humiliation publique de l'adversaire était inscrite sur leur blason : "Homme à terre est moins qu'un homme". L'assassinat ne convenait décidément pas. Ceci dit, la réputation ne faisait pas le personnage, et il était très possible qu'un Eaussèche de second rang ait recruté quelque reître étranger pour commettre la besogne sans attirer le regard des enquêteurs sur les querelles de voisinage.

"L'hypothèse me parait des plus sensées. La maison Eaussèche semble tirer tout profit de ce macabre décès. Le mobile ne nomme cependant pas le commanditaire, et révèle encore moins l'identité du meurtrier. Néanmoins, la piste est à creuser."

James se rengorgeait en produisant un son évoquant vaguement à Robert le roucoulement du pigeon ramier. Ce vénérable et fier domestique aimait être brossé dans le sens du poil. Cela pouvait se révéler utile pour la suite.

"Quant à vous, capitaine, je suppose que c'est vous qu'il faut féliciter pour la protection dispensée à feu sire Ar'Kass." L'animosité entre les deux sous-fifres n'avait pas échappé au chevalier, et le militaire lui semblait beaucoup plus balourd que le majordome. "Exposez-moi la stratégie farfelue à laquelle répondait votre dispositif de sécurité. Pourquoi n'y avait-il pas un garde suffisamment proche du seigneur de ces lieux pour l'entendre se débattre et brailler lorsque son assassin est apparu ?"

Ar'Kass avait atterri sur le dos, bras en croix. Autrement dit, et à moins d'avoir été lancé par la fenêtre dans un mouvement particulièrement acrobatique, on l'avait poussé de face. Il n'avait pas pu ignorer le danger jusqu'à la dernière seconde.


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Re: Begarion mène l'enquête.

Message par Parthénis [PNJs] le Mar 4 Nov 2008 - 16:54

Le capitaine se redressa, piqué au vif directement dans son orgueil professionnel. Il darda un regard outragé sur le chevalier.

"Le dispositif de sécurité était parfait, messire !" se récria-t-il. "Tout était fait dans les règles de l'art, toutes les ouvertures étaient bouchées, nos reptiles apprivoisés patrouillaient sur les murailles … Personne n'aurait pu entrer ici sous forme animale !"

Les fortifications Cœurs avaient en effet ceci de particulier, par rapport à un quelconque château fort, qu'elles devaient empêcher tout reptile, jusqu'au plus minuscule lézard, de passer subrepticement la garde. S'étant développées dans un contexte de batailles "politiques" acharnées, où par conséquent l'ennemi le plus à craindre était un compatriote ne partageant pas notre vision du gouvernement royal, les forteresses avaient inventé différents moyens de parvenir à cette étanchéité optimale. La solution la plus classique, et actuellement la plus répandue, consistait à obstruer au moyen de "bouchons" toutes les ouvertures -mâchicoulis, meurtrières …- qui n'étaient utiles qu'en temps de guerre ouverte, et pouvaient alors être dégagées rapidement, et de dresser des reptiles à … chasser leurs congénères qui escaladeraient les murailles. Des gardes patrouillaient bien évidemment sur les remparts, pour parfaire le dispositif, mais contre les tentatives de discrétion le plus gros du travail était assuré par les animaux.

Le plus gros problème restait encore la porte. Mais là … Par définition toute ouverture est un problème dans la défense d'un lieu.


"Si quelqu'un avait tenté de pénétrer ici, nous l'aurions tout de suite arrêté, je puis vous l'assurer !"

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Re: Begarion mène l'enquête.

Message par Robert Begarion le Lun 17 Nov 2008 - 22:28

Un petit sourire narquois vint effeuiller les babines de Robert, qui se tourna carrément vers le capitaine, puis le toisa des pieds à la tête comme s'il essayait de déterminer ce qui n'allait pas chez cet individu. Il secoua la tête de lassitude, déployant sa chevelure de jais dans tout son envergure, irradiant la pièce de son esprit déductif supérieur.

"Ce qui vous amène tout naturellement à arguer, capitaine, que nul n'a tenté, donc n'est parvenu, à pénétrer ici. Effectivement, cela me semble évident. Je peux donc conclure à un suicide soudain, irraisonné, et avec un goût fort prononcé pour la conclusion spectaculaire. Louable."

Robert Begarion jaugea à nouveau son interlocuteur du regard. Fallait-il enfoncer la pique plus profondément encore ? Ce benêt accompli de troufion en chef restait stoïque, bras le long du corps. Mis à part la sueur qui perlait sur son front, et qu'on ne pouvait plus imputer à la chaleur en cette heure nocturne, on eut dit un manche à balai parlant.

"Reste donc à votre ramassis de soldatesque du dimanche à déterminer pourquoi sire Ar'Kass était-il si pressé qu'il n'a même pas jugé utile d'ouvrir la fenêtre avant de se jeter dans le vide. Puis, tant que vous y serez, cherchez aussi à comprendre pourquoi une âme aussi sereine a produit ce retentissant hurlement en chutant, et vous aurez la décence de ne pas conclure qu'il s'agissait d'une manœuvre oratoire afin de s'assurer de l'attention de son public."

L'homme paraissait peiner à comprendre ce qu'on attendait de lui. Il jetait des regards anxieux de tous côtés, souhaitant probablement qu'on vienne à son secours incontinent. Ce qui n'entrait manifestement pas dans les intentions immédiates de son rival.

"Je ne vous retiens pas dans votre palpitant travail d'investigation. Hâtez-vous donc, ou le cadavre pourrait s'envoler avant que vous ne l'eussiez interrogé."

À propos d'envol, il lui fallait encore déterminer quelle espèce de volatile était cet assassin. Toutefois, s'il était bien à la botte des Eaussèche, on savait déjà quel cap il avait pris, convaincu de son invisibilité sous forme animale. Il lui fallait interroger une ou deux sentinelles en faction à ce moment là. En espérant qu'elles soient un rien moins bouffies de naïveté que cet individu, qui ne resterait pas gouverneur bien longtemps, Robert y veillerait. Ne serait-ce que pour la sécurité du royaume. Il interpella ledit personnage au moment où il quittait la pièce :

"Et vous m'enverrez un des hommes du rempart nord-ouest de garde ce jour funeste, je vous prie."

Ce sur quoi Robert commença à interroger James à propos des habitudes du seigneur Fièrallure, ainsi que de tout ce qui avait pu se passer les jours précédents sa mort. Il parvint à la conclusion que si cet homme avait la moindre idée de ce qui avait pu arriver à son maître, il le cachait admirablement.


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Re: Begarion mène l'enquête.

Message par Parthénis [PNJs] le Mar 30 Déc 2008 - 13:37

Le capitaine quitta les lieux avec un sentiment mitigé de soulagement et de honte. Ne plus sentir sur lui le regard dédaigneux du jeune paltoquet qui se donnait des grands airs parce qu'il était chevalier était une évolution plutôt agréable de sa situation ; mais il comprenait bien qu'il avait été chassé. Sortie peu glorieuse.

Il redescendit l'escalier de la tour en cherchant dans sa mémoire quels pouvaient bien être les gardes de faction ce jour-là sur le rempart nord-ouest. Il savait très bien quels étaient les gardes de faction tout court, mais la précision géographique réclamait un effort supplémentaire. Arrivé dans la cour, il partit à la recherche des "victimes" potentielles que lui avait révélé son introspection.

James, de son côté, répondait avec diligence aux questions de ser Begarion. Lui, il était utile à l'avancement de l'enquête, ah ! et ce crétin de garde bouffi d'orgueil n'y pouvait rien : aujourd'hui, c'était lui qui remportait la manche … comme toutes les fois précédentes, ajouta-t-il en son for intérieur (même si, soyons honnêtes, le capitaine eut sans doute pensé la même chose de son côté).

La séance d'interrogatoire déguisée en brossage de poil dans le bon sens fut interrompue par quelques coups frappés timidement sur le chambranle de la porte restée ouverte. Un garde se tenait là, assez visiblement mal à l'aise. Il devait avoir dans les vingt-cinq ans, possédait une carrure impressionnante, surtout en hauteur, comparativement à la moyenne Cœur, et paraissait quelque peu essoufflé par une ascension trop rapide du donjon. Il s'inclina raidement.


"Je … J'étais de garde sur le rempart nord-ouest, messire. Que puis-je pour vous ?"

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Re: Begarion mène l'enquête.

Message par Robert Begarion le Mar 27 Jan 2009 - 1:20

Posément, le chevalier quitta James du regard pour s'intéresser au nouveau venu. S'il avait lui-même envoyé quérir l'homme, il lui fallait encore juger si celui-ci pourrait convenir à ses exigences. D'apparence plutôt bien bâti, et convenablement amène, quoique peut-être un rien trop empressé pour être attentif, le genre à cavaler un escalier quatre à quatre parce qu'on l'a convoqué de toute urgence en haut, sans se soucier d'avoir un lacet à moitié défait. Robert bougea vaguement la main, indiquant à James la direction d'un bibelot à l'autre bout de la pièce. Aussitôt, les iris du garde scrutèrent l'espèce de grand vaisselier, et passèrent furtivement chaque objet du plateau en revue. Bon pour lui, il avait le réflexe d'une sentinelle aguerrie.

"Salutations, soldat. Il me parait futile de vous expliquer la situation, je suis à peu près certain que tout le monde n'attend qu'une chose dans ce château : le retour du méprisable ladre qui ne tardera pas à danser la gigue à deux pieds du sol sur la grand place de Fièrallure."

Les hommes d'armes de métier affectionnent les discours concis et directs. Il leur faut un objectif, un chef et une méthode. Se focaliser, prendre confiance, avancer. S'ils ont les trois, et une compétence suffisante, ce sera du bon boulot. Cet homme en semblait capable.

"J'ai de bonnes raisons de penser que l'assassin a bénéficié d'une assistance."

Blanc tendu et suspicieux, que Robert creva avant qu'il ne mue en paranoïa.

"Je ne parle pas de trahison, mais de complicité extérieure, de préparation minutieuse et élaborée. Cet homme a été embauché à l'avance pour convenir du meurtre, et a également convenu un moyen de rendre compte"

James revint avec une mine interrogatrice et le petit objet entre les mains. Il ne comprenait présentement pas où Robert voulait en venir. Bien sûr que les Eaussèche avaient prémédité leur coup. Mais il était un peu tard pour traquer le tueur jusqu'au point de rendez-vous, non ? Il présenta prudemment l'instrument doré au chevalier.

"Voyez soldat, un appeau à volatile. Vous pensez en avoir déjà vu des comme ça, sur le marché aux bestiaux ? Non, évidemment. Cet appareil a servi, une fois le crime commis, à appeler un certain oiseau exotique, afin de lui confier un message certifiant au commanditaire que la sale besogne était accomplie."

Un oiseau exotique franchissant les remparts en toute impunité. Le garde cogitait déjà là-dessus. Pas à propos de l'assassin, d'un type louche qui rôdait dans les parages, ou de la liste des personnes étrangères qui étaient dans le château à cet instant. Non, grâce à une habile manœuvre et un petit sifflet de la collection de sire Ar'Kass, l'homme se focalisait sur cet objectif. Il ne restait plus qu'à le guider jusque là.

"Auriez-vous souvenir d'une volaille peu commune ayant survolé les lieux, ces derniers jours ? Plus précisément dans la direction Nord-Ouest. Aller puis retour."

Robert accorda visuellement quelques instants de réflexion à l'interrogé, et fit discrètement un signe de remerciement à James pour avoir su garder le silence concernant la provenance du sifflet. Un geste peu équivoque pour quiconque a déjà évolué près des hautes sphères, signifiant grosso modo "moins ils en savent, mieux ça vaut".
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Re: Begarion mène l'enquête.

Message par Parthénis [PNJs] le Mer 11 Fév 2009 - 10:44

James, en bon connaisseur des us et coutumes de la haute société, fit un léger signe de tête à Robert. J'ai compris. Il garda le silence, attendant de voir ce que tout cela allait donner. Le garde, le regard dirigé vers le plafond, offrait l'image même de l'homme en pleine réflexion. Il finit cependant par répondre au chevalier, d'un ton d'abord hésitant, puis plus assuré au fur et à mesure que ses souvenirs se clarifiaient.

"Je ne crois pas avoir vu d'oiseau particulièrement inhabituel, messire ... Par contre, un rapace est entré dans l'enceinte du château. En général on ne les voit que de loin, mais celui-ci n'était pas farouche. Je ne saurais dire s'il s'est posé, où s'il est resté longtemps. Je l'ai juste vu survoler le rempart où je me trouvais, plutôt près du sol pour un animal de cette taille. Il sortait de la forteresse. Je ne sais pas s'il est entré par le même côté ou pas, je n'ai pas vraiment fait attention au ciel. Je ne pensais pas qu'un oiseau puisse être important."

Il ravala une tentative d'excuse, qui aurait probablement été mal prise plutôt que bien, et resta aussi stoïque que possible sous le regard inquisiteur de Robert. Ou plutôt sur, vu qu'il le dominait presque d'une tête.

James, quant à lui, était quelque peu surpris par la tournure des évènements. Déjà désarçonné par la demande incongrue du chevalier à propos d'un quelconque volatile, il n'aurait pas imaginé qu'il puisse de plus tomber juste. Il imaginait plutôt une manœuvre obscure, dont les tenants et les aboutissants lui échappaient pour le moment, et qui n'aurait eu pour but que de pousser le garde à se remémorer un détail particulier, mais sans rapport direct avec un oiseau. Et voilà que la question, prise au pied de la lettre, obtenait une réponse corroborant presque parfaitement les insinuations de Sieur Begarion !...

Il révisa son jugement. Le chevalier était plus qu'un noble quelconque (sans aucune notion péjorative bien évidemment -James n'aurait jamais imaginé seulement de penser du mal d'un noble- mais les nobles sont des nobles et possèdent donc des caractéristiques de ... nobles (!) et pas nécessairement plus). Robert, lui, savait aussi se servir de sa tête.

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Re: Begarion mène l'enquête.

Message par Robert Begarion le Jeu 9 Avr 2009 - 22:29

Le chevalier soupira et porta deux doigts à son front, de façon à ne pas montrer que le soldat n'avait fait que confirmer une certitude.

"Non, l'oiseau en lui-même n'était pas important. Même si vous l'aviez abattu au moment où vous l'avez vu repartir, vous n'auriez guère trouvé à sa patte davantage qu'un billet probablement ambigu, et sans indice quant à son destinataire."

De fait, il aurait surtout abattu l'assassin comme un perdreau au vol, et Robert aurait perdu tout moyen de remonter la piste. Tout du moins, à supposer que le malfrat et son employeur fissent régulièrement affaire. S'il s'agissait en revanche d'un mercenaire ou d'un vagabond embauché pour l'occasion, comme le suggérait sa lointaine provenance Diandomaise, les chances de trouver le fin mot de l'histoire étaient minces. D'un autre côté, un tel homme aurait moins de scrupules à lâcher le nom de son client que s'il œuvrait fréquemment pour son compte... Toujours dans l'hypothèse où Robert finissait par mettre la main sur le meurtrier, qui plus est vivant.

Si toutefois il s'agissait d'un serviteur directement lié à quelque personnage d'importance, il valait mieux garder cet individu en liberté le plus longtemps possible, afin de dénombrer les têtes de l'hydre avant d'entamer la moisson. Malgré des apparences en sa défaveur, cette solution demeurait la plus probable, compte tenu des risques liés à fricoter avec un inconnu pour des affaires aussi malsaines. Un étranger est souvent une source de fuites importante dans ce genre d'opération clandestine, et il est généralement plus sûr de faire effectuer le travail par un homme de confiance, qu'on a eu l'occasion de pratiquer à son service plusieurs années durant.


"Je vous remercie. À moins que vous ayez quelque soupçon ou souvenir plus précis dont vous désirez me faire part, vous pouvez retourner à votre poste."

Robert se torturait maintenant réellement les méninges. Valait-il mieux traquer cet oiseau de mauvaise augure avec les moyens du bord, rendre visite à sire Eaussèche sous un prétexte quelconque et faire jouer les rivalités internes de la famille pour obtenir une dénonciation, ou bien embarquer tout droit pour Diandom afin de dénicher cet assassin intercontinental, ou du moins mettre la main sur quelque ornithologue des bas-fonds à même de l'identifier ? Le temps était compté, et le choix du chevalier serait certainement décisif.

La nuit promettait d'être aussi longue que pauvre en sommeil.
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Robert Begarion
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