Cantique aux hommes en partance

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Cantique aux hommes en partance

Message par Robert Begarion le Ven 10 Oct 2008 - 0:30

Le chœur scandait l'hymne aux départs, et le lieu était bondé. Tout d'abord venaient les divers membres de la noblesse qui étaient du voyage, auxquels le premier As de la capitale pratiquait les rites de bénédiction, à base de braise et d'herbes chaudes. Le front des chevaliers suintait alors que la feuille de gommier rouge venait s'y déposer après un court psaume aux accents serpentins. Ensuite, en double colonne derrière leur capitaine, venaient les matelots qui composaient l'équipage du Ventre Affamé, attendant placidement leur onction. C'était dans la marine que se trouvait assurément la plus grande part de superstitieux de Thear, d'autant que les Cœurs n'avaient jamais été une puissance navale redoutable, leur seul Atout à ce jour restant le terrible feu grégeois, épée de Damoclès que peu de navires se risquaient à embarquer. Se tenaient ensuite les rangs de la soldatesque allouée au navire, un contingent pas particulièrement réputé pour son audace ou sa frousse, et enfin des quantités de badauds curieux ou simplement croyants, qui assistaient à l'office. Depuis sa place sur la première rangée de bancs, Robert Begarion suivait le rituel avec une certaine rigueur, conscient de l'impact positif de la foi sur le moral des troupes, et plus intimement convaincu de l'affection particulière que lui portait la déesse rouge, en fidèle disciple qu'il était.

Pour grandiose qu'elle fût, la cérémonie n'avait rien de bien extraordinaire : il était de coutume de procéder à la bénédiction avant de prendre la mer, pour nombre d'excellentes raisons. Outre de contrer les mauvais sorts de tous poils, de repousser les ouragans et d'éviter aux malchanceux un tragique saut par dessus le bastingage en pleine nuit, les oraisons dispensées absolvaient les fautes et les jurons commis durant le voyage, ce jusqu'au retour du bâtiment à son port d'attache. Cela remédiait au principal problème de l'intégration d'un service religieux à bord, à savoir que la plupart des As étaient sujets au mal de mer.

Un mouvement à l'extrémité du champ de vision de Robert lui apprit que quelqu'un souhaitait manifestement l'entretenir de quelque nouvelle. Laissant le soin de superviser la cérémonie à un jeune noblaillon l'accompagnant, le chevalier se leva discrètement, longea le mur de basalte noirci en prenant garde de ne pas coincer sa longue cape d'apparat dans un des innombrables ustensiles religieux parsemant le bâtiment, puis se rapprocha de la porte extérieure est, où l'attendait l'estafette royale. Le petit homme était bâti essentiellement en os rocailleux, recouverts par endroits d'un peu plus qu'un semblant de peau rosâtre. Robert avait rapporté à Sa Majesté ses conclusions au sujet du meurtre de sire Ar'Kass, et le Roi avait en conséquence affrété sur le champ une caraque à destination de Diandom, en confiant à Robert l'occasion d'une visite diplomatique anodine. La voix du souverain n'avait pas tremblé, mais de sa position genou à terre, Robert aurait juré que la simple éventualité qu'il soit possible d'assassiner aussi aisément un haut seigneur au sein de sa forteresse glaçait les sangs du monarque. Aussi n'était-il pas étonnant de voir arriver ici son coursier personnel.


“Messire Begarion”, susurra le messager d'un ton plutôt fluet pour sa corpulence.
-N'en doutez pas, mon brave.
-Je viens vous signifier, de la part de...
-Sa Majesté, comme spécifié en lettres d'or sur votre pourpoint.”
finit avec un rien de lassitude le chevalier.
-Elle souhaite que vous ayez une entrevue avec le Roi de Carreau, afin de déterminer ses positions sur cette affaire. Cet homme n'ayant pas une réputation de probité exceptionnelle, il est à supposer que...
-Si jamais il soupçonne l'enquête que je mène”
, le coupa un nouvelle fois Robert,“Nous repartirons de Diandom à l'instant même, ou jamais. Il s'agit en priorité d'une affaire criminelle : lorsque j'aurai mis la main sur le meurtrier, on en saura plus qu'en six mois d'espionnage du roi.”

D'où pouvait bien venir cette idée farfelue ? Probablement d'un conseiller sénile n'ayant foi qu'en la politique. De toute manière, si celle des carreaux se fondait désormais sur les assassinats, la négociation n'y pourrait pas grand chose. Il fallait reprendre une position de force en liquidant les agents ennemis avant toute tentative de bras de fer diplomatique. Pourquoi venir compliquer sa mission en bavardages, alors qu'il misait essentiellement sur une couverture discrète pour opérer ?

“Contesteriez-vous les ordres de Sa...”, continua de pérorer le nabot, mi offusqué mi hargneux.
-Faites-lui savoir que je ferai selon ses désirs, et qu'étant donné l'importance du personnage et les cérémoniels infiniment plus alambiqués que les nôtres qui l'entourent, j'aurai sans nul doute un délai certain avant d'obtenir une entrevue ne serait-ce qu'avec son majordome”, estima Robert, sachant pertinemment que son interlocuteur n'y connaissait strictement rien en protocole étranger.
-Bien... Fort bien”, bafouilla le serviteur, “Et que Rony vous accompagne, messire”
-Comme à son habitude.”


Laissant l'estafette regagner le château royal, Robert prit le chemin de l'arsenal en fredonnant quelque air triomphant.


Dernière édition par Robert Begarion le Dim 21 Aoû 2011 - 0:09, édité 1 fois (Raison : Exigences liturgiques)
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Re: Cantique aux hommes en partance

Message par Jackal le Lun 13 Oct 2008 - 0:02

caché dans la foule de thear, quelqu'un qui n'avait rien a faire là, c'etait mélé a la foule. regardant tout autour de lui,
très vite il avait trouvé la raison de ce remue menage. Jackal, lisait une conversation très interressante, sur les levres d'un chevalier, d'après ce qu'il avait comprit un certain Robert Begarion, était à la tête de l'enquete sur Ar'kass, et il devait aller à diandom

Parfait, parfait ce dit Jackal, les dirigeants piques sont les seuls que je n'ai pas pu voir mais je n'ai pas fait le voyage pour rien. desormais quoi que je fasse, la guerre est plus proche que jamais, et ce robert, va m'aider, vivant ou mort.

Et un grand sourire se dessina sur les levres de jackal, qui ravi s'éloigna, sans que quiconque ne le remarqua...et maintenant que faire pour dechainer les feux de l'enfer ??? ah, oui j'ai trouvé
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