Premier adieu

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Premier adieu

Message par Susanne le Mar 7 Juil 2009 - 19:57

Mon père est mort.





Je le sais, comme si son dernier souffle m’avait appelé. Et
je suis devant son lit, sans trop savoir comment j’y suis arrivée, ni ce que je
pourrais bien faire pour lui. Ce n’est pas la première âme que je guiderais
jusqu’au royaume des morts et pourtant je ne sais pas comment m’y prendre,
comment même l’aborder.


Personne ne me voit. Ma forme spectrale me semble être une
cache, un voile protecteur devant cette famille qui n’était déjà plus mienne
avant même que la mort m’emporte. Je reste au fond de cette chambre si
faiblement éclairée, acculée contre le mur, regardant sans vraiment voir ces
personnes autour du lit du mort, qui veillent ce père que je connais plus. Je
reconnais ma mère. Elle pleure et son visage reflète une tristesse et une
douleur si profonde qu’on croirait que son cœur est brisé. Elle n’avait pas
tant vieilli. Ma sœur est là. Comment avait-elle su pour ma mort ? Qui l’avait
prévenu ? Ma mère l’avait sans doute appelée à la dérobée. Aucun d’eux n’aurait
voulu que je sois là ce soir.


Le tableau semble tellement surréaliste.





Et lui ? A quoi ressemble-il maintenant ? Il a
l’air si vieux. Il n’a plus rien de l’homme sportif et carré qui buvait une
bière après un match où des jeunes hommes musclés se rentraient dedans et se
jetaient par terre pour un ballon. L’entraineur dynamique, époux et père tout à
fait respectable n’était plus que l’ombre de lui-même. C’est un squelette sans
force, amoindri, qui ne marque même plus
ce lit qu’il avait connu toute sa vie, disparaissant maintenant sous le
drap. Il a du sang et de la bave au coin de la bouche mais on vient de lui
fermer les yeux. Je sais plus que je ne me souviens de l’homme qu’il avait été.



C’était un homme respectable, volontaire et qui ne ménageait
pas sa peine. Il avait connu sa future femme au lycée, puis ils s’étaient
séparés lorsqu’elle était entrée à la fac quand lui avait été travaillé comme
mécano pour pouvoir se payer des études. A vingt-ans, ce fils d’enquêteur de la
police et d’une femme au foyer put enter en fac, tout en travaillant sur les doques
et à la marina. A vingt-deux ans il
épousa la femme dont il était tombé amoureux dès le lycée et qui devint la mère
de ses enfants. Je sais que j’avais eu un frère, décédé lors de sa première
année de fac. J’avais à peine six mois et n’en ai donc aucun souvenir, ni même ma
sœur qui n’avait qu’un an de plus que moi. Mon père avait travaillé dans les
affaires, puis, vers mes trois ans, il est devenu professeur dans mon ancien
lycée. Il entrainait l’équipe du lycée. Je savais qu’il avait été un homme
grand et vigoureux, aux épaules larges et solides et aux yeux gris vifs et
intelligents. Il portait le tee-shirt bleu de l’équipe qu’il entrainait, un
polo les jours où il ne travaillait pas. Il était sérieux, on pouvait lui faire
confiance et il aimait le travail bien fait. Il avait une voix qui portait, encourageant les siens, les poussant au
dépassement. C’était un homme respecté, un bon père de famille et un époux
aimant. Il avait des principes, des rêves pour ses enfants. Qu’il avait du être
déçu !


Depuis combien de temps ne lui avais-je pas parlé ?

La
dernière fois que l’on s’est vu, quand estes ?

Cela faisait déjà plus d’un
an il me semble que j’avais commencé à rechercher Kira, mais depuis combien de
temps déjà avais-je quitté cette belle et grande maison aux murs pastel, aux petites
colonnes blanches de bois sur le perron et au jardin avec la cabane de bois dans
la banlieue de la capitale ?
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Re: Premier adieu

Message par Susanne le Mar 7 Juil 2009 - 19:59

Une maison parfaite, dans une petite ville tranquille,
parfaite elle aussi, avec une palissade blanche pour entourer la maison. Une maison
parfaite qui a caché la honte et la colère d’un père indigné, insulté, et l’incompréhension
et l’alcoolisme d’une mère horrifiée par une fille anormale, inconforme, parce
qu’elle aimait une autre jeune femme.


*C’est fou l’hypocrisie dont peuvent faire preuve les gens
simplement pour faire bonne figure, gagner une certaine respectabilité vis-à-vis
de leurs voisins, de leurs collèges et même de leurs amis et leurs familles !
Il faut se conformer à l’image d’une bonne famille que c’est faite la société,
voilà le principal.*


Mais je n’étais pas conforme, j’étais différente. Et ce fut
terrible. La découverte de mon histoire d’amour fut comme un coup de massue qu’on
portait à mes parents. C’était un coup aussi terrible que si j’avais voulu les
tuer. Ils s’étaient sentis tellement trahis, blessés. Ils étaient tellement en
colère. Ils le sont encore aujourd’hui. Ma mère s’était effondrée sur sa
chaise, en larmes, comme si un terrible malheur venait de s’abattre sur notre
famille. Mon père était devenu furieux, renversant sa chaise et la mienne. Il
ne m’avait jamais frappé avant ce matin-là. Je n’avais jamais eu aussi peur qu’en
cet instant. Peur de mon père. Ma mère avait tenté de ne rien entendre, de ne
rien savoir. Elle avait voulu que j’aille me coucher, prétendant que j’étais
trop fatiguée et que je ne savais plus ce que je disais. Elle voulait me faire
de la soupe comme chaque fois que quelqu’un était malade. Mon père ne pouvait
pas plus l’accepter. Il en était fou, ne me voyait plus que comme un monstre. J’étais
contre nature. C’était tellement anormal. Je ne pouvais pas vraiment être
amoureuse de cette fille !?! Une métissée en plus ! Il m’a chassée. Je
ne devais plus jamais remettre les pieds ici. Il y avait tellement de colère
cette nuit là.


Ma sœur en avait beaucoup souffert, mais elle s’en était
bien tirée. Mes parents ne lui pardonnèrent pas de n’avoir rien dit. J’étais
fière de la femme qu’elle est devenue. C’est terrible d’être différent. On se
retrouve si seul face à toutes ces moqueries, ces gens qui vous dévisagent
comme un monstre de foire, leurs jugements impitoyables. S’entendre dire que l’on
est folle, que l’on n’est pas normale, que quelque chose ne va pas chez nous. Et ce que ma famille pensait de moi n’avait
pas épargnée ma sœur. Leur peur et leur colère _ toujours vivace aujourd’hui_ l’avait atteinte elle aussi. Elle avait du se
démarquer, se construire seule, devenir forte dans un monde où le plus dur est
d’y survivre. Elle était superbe. Depuis ma mort, je n’avais pas ressenti le
besoin d’aller la revoir. Je savais qu’elle s’en sortirait, qu’elle n’aurait
pas besoin de mon aide. Elle trouverait à nouveau quelqu’un d’autre avec qui
elle aurait le même lien aussi fort que nous avions pu avoir toutes les deux ;
je n’avais pas à m’inquiéter. Ma sœur ne perdrait pas l’espoir.
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Re: Premier adieu

Message par Susanne le Mar 7 Juil 2009 - 20:07

Toujours invisible aux yeux des autres, je vis en face de
moi l’âme de mon père apparaître, libéré de son enveloppe charnelle.


¤Susanna ?... Je suis mort n’est-ce pas ?¤ demanda-t-il.
Il semblait surpris de me voir, même un peu effrayé.


¤Tu ne dois pas avoir peur. Je suis là pour te guider vers… la « Lumière », en quelque sorte. Tu
y trouveras la paix et le pardon… et de l’amour. Tu n’as plus rien à craindre.
¤
Mon ventre se noue au fur et à mesure que je lui parle.


¤Vers la paix ?¤ répète-t-il, en soupirant de
soulagement. ¤Un moment, quand je t’ai vu, j’ai cru que tu venais pour me punir
de mes fautes !
¤ Il sourit tandis que je sens ma gorge se nouer.


¤Tu me vois toujours comme une erreur, n’est-ce pas?... Tu
ne peux pas passer de l’autre côté si tu ne te débarrasse pas de ta colère. Il
faut que tu arrêtes de me haïr ou tu ne trouveras jamais la paix. Cette colère t’a
envenimé toute ta vie. Elle nous a empoisonnés
et Laura en a souffert aussi. Il faut que cela cesse. Elle a déjà déchirée
notre famille…
¤


¤Non, c’est à cause de toi et seulement à cause de toi si
notre famille a été ravagée ! C’est toi qui l’as détruite ! Tout ça c’est
de ta faute ! Tu nous a tous fait souffrir.
¤ Son visage est rongé par la
colère et la rancœur. Il me déteste encore, même mort.


¤Non, c’est faux ! Je refuse de prendre cette
responsabilité !



Vous m’avez jugé et
condamné sans même essayer de comprendre. Vous étiez tellement en colère. Je n’ai
rien fait de mal, je suis seulement tombée amoureuse. En quoi c’est mal ?
Et tant pis si c’est une femme plutôt qu’un homme, la seule chose qui devrait
compter c’est que j’étais heureuse avec elle… Oh oui, vraiment heureuse !
Elle m’aimait ! Elle m’aimait telle que j’étais, alors que même mes propres
parents n’en ont pas étés capables. Tout ce qui aurait du compter pour vous c’était
de me voir heureuse. Et Elle, elle elle avait beau avoir le même sexe que moi,
ou être une métissée, elle me rendait tellement heureuse ! Je me sentais
tellement unique avec elle, importante. Je me sentais aimée. Je sentais que je
comptais pour quelqu’un et que je pouvais être moi-même avec elle. Je pouvais
avoir confiance en elle. Je me sentais chez moi avec elle, je me sentais en
sécurité. Elle était ma vie, mon univers. Je n’aurais pu vivre qu’avec elle. Je
n’aurais jamais eu un lien aussi fort avec quelqu’un d’autre. Elle savait tout
de moi, elle savait ce que je ressentais. Et moi aussi. Je l’aimais de tout mon
être, papa. Mais vous m’en avez privé
pour toujours. Simplement parce que c’était
une femme. Et pire encore une métissée, une fourbe, une créature contre nature.
C’était une simple question d’intolérance. Vous aviez peur. Peur que l’on vous
juge, peur du regard des autres. Pour vous ce n’était pas normal, c’était
contre nature. C’était dégoutant, n’est-ce pas ? Mais la nature a voulu
que l’on puisse tomber amoureux. Ce n’est pas quelque chose qui se commande, c’est
c’est tout. Et…
¤


Des larmes coulent sur mes joues sans même que je les sente.
Mon père a pris une expression douloureuse sur le visage au fur et à mesure que
je me défendais, peut-être pas encore trop tard. Il pleure. Je ne peux pas en
croire mes yeux.


¤Je suis désolé. Je suis désolé Susanna. J’étais tellement
en colère contre toi. C’était comme si tu nous avais trahis. On ne savait pas
comment faire, comment réagir. Même les adultes font des erreurs. Même les
adultes peuvent avoir peur. Je regrette. Je ne me suis pas rendu compte. Je ne
voulais pas te rendre malheureuse. Tu étais ma petite fille…
¤


Nous pleurons tous les deux maintenant.
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Re: Premier adieu

Message par Susanne le Mar 7 Juil 2009 - 20:11

¤ Lorsque l’on a appris que tu étais morte, ta mère a été
tellement triste. Elle s’en est tellement voulu. Elle s’en veut encore. Elle
aurait tellement voulu faire la paix avec toi. Cette dispute l’a tellement
minée. Ta mère a voulut souvent te demander pardon, mais elle avait peur de ce
qui pouvait arriver après. Elle ne savait pas comment réagir devant toi
. ¤


¤Elle n’a jamais su. ¤


¤Oui, c’est vrai. Mais tu étais son enfant et elle t’aimait,
peut-être maladroitement. Elle ne savait pas comment s’y prendre avec toi. Elle
t’aime. Elle aurait voulu essayer de comprendre, de te laisser parler. Mais elle
n’en a pas eu le courage. Et puis, elle ne savait pas comment te retrouver...

Tu
as laissé un vide immense ma chérie. Je ne pouvais pas quitter cette colère. Sans
elle j’aurais été face à ton absence. Il n’y avait rien, plus rien, si ce n’est
cette rancœur, pour combler le vide que tu as laissé depuis le jour où tu es
parti. J’aurais tellement voulu avoir compris plus tôt. J’aurais du voir que tu
étais heureuse et que c’était tout ce qui comptait. Tout ce qu’un père veut
pour sa fille c’est son bonheur. Je suis désolé ma chérie ! Je te demande
pardon.
¤


¤ Merci. Je te pardonne. Et ne t’en fais pas pour maman.
Elle saura que je ne lui en veux plus et qu’il n’y a plus de colère ou de rancœur
à avoir, mais seulement de l’amour.
¤


¤J’aurais aimé leur dire aurevoir. Leur dire que je les
aime. J’aurais aimé pouvoir dire à ta sœur que je l’aime et que je ne voulais
pas qu’elle souffre de ma colère. Elle n’avait rien fais de mal.
¤


¤C’est une très belle femme. ¤ acquiesçais-je. ¤Elles le
savent. Maintenant, tu dois venir avec moi. Il est temps de partir.
¤


Je lui prit la main et nous quittons Décenta
Endmor pour rejoindre le monde des morts.
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