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Message par Jack le Jeu 12 Nov 2009 - 2:40

Il était là, depuis un bon siècle.

Il guettait les arrivants, d'un air sévère et ombragé.

Il était gros, gras, sinistre.

C'était le chêne du verger. Une faute de goût en plein centre de la plantation de pommiers dont on ne savait trop à quel plaisantin on la devait. Il avait fallu un moment conséquent avant que l'on prenne pleinement conscience de l'identité de la plante qui s'enracinait doucement en cette place de choix, et la découverte de feuilles dentelées avait provoqué quelques rires gras chez les récolteurs. Mais, comme souvent, on avait fini par se faire à sa présence et à lui trouver des applications pratiques dès qu'il eut pris quelques mètres (s'abriter de la pluie, faire une pause entre deux récoltes en trèfle-niquant dessous, couper plus ou moins proprement une de ses branches pour en faire un arc), ce qui fait que finalement, lorsque, des années après l'envoi de la première paperasserie à un tribunal gouvernemental, il fut proposé de le couper au nom de l'ordre public et parce qu'il faisait de l'ombre aux pommiers, l'opinion publique y opposa un refus catégorique. L'arbre faisait désormais partie du folklore local, le couper aurait été équivalent à brûler une effigie du roi sur la place publique de la capitale de Thear.

Mais cependant, ces derniers temps, il se produisait plusieurs phénomènes qui incitaient les Trèfles à se méfier de l'arbre. D'abord, il y avait le fait que plusieurs personnes soient prêtes à jurer avoir entendu l'arbre parler. Ensuite le fait que l'on trouve un nombre croissant de pic-vert morts à son pied. Et enfin et surtout il y avait cette pomme verte qui avait poussé à l'extrémité d'une de ses branches.

Le gouvernement avait proposé un récompense généreuse à quiconque pouvait donner une explication scientifique solide à ces phénomènes. Par sécurité, les personnes chargées de placarder l'avis de recherche dans le verger l'avaient cloué à des pommiers plutôt qu'au chêne, bien que le diamètre de son tronc s'y prête mieux, sans doute par crainte de subir le même sort que les pic-vert bien que théoriquement parlant elle ne disposent pas de l'altitude nécessaire pour tomber de si haut.

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Re: L'intrus

Message par Tommen Brew le Dim 27 Déc 2009 - 4:32

Une rangée de pommiers à droite, la même à gauche. À un bout de l'allée était la forme massive, imposante, menaçante du maître végétal de ces lieux. L'ombre du maître méritait à bien des égards les mêmes qualificatifs, mais sous le soleil d'un début d'après-midi radieux elle se recroquevillait péniblement autour du tronc.

À l'autre extrémité s'avançait une autre ombre. Frêle, rêche et dissonante. Elle progressait en faisant grincer ses éperons. L'étranger était vêtu d'un stetson vaguement marron, d'un gilet de cuir équipé de banderoles volant derrière ses manches, d'un pantalon en toile de tente, d'une paire de bottes poussiéreuses et d'une ceinture à double holster. À l'hôtel, on lui avait dit qu'il était imprudent de venir ici dans un accoutrement comprenant une blouse blanche et des chaussures cirées. Une demoiselle lui avait proposé la tenue du vieux jardinier. Alors il avait pris la tenue du vieux jardinier.

Un sécateur étincelant et long d'un bon pied de chaque côté, les mains en évidence à portée de ses instruments, Tommen Brew s'avança vers l'arbre. Son regard malicieux glissait sous le rebord de son chapeau pour toiser le grand chêne. Il y avait là un mystère à résoudre, et la science était au rendez-vous.

Sans oublier qu'un petit pécule bien opportun pour financer des recherches onéreuses ne se refusait décidément pas.

Pour commencer, le savant saisit par la patte un des volatiles qui jonchaient le sol et l'examina sous toutes les coutures. Pouvait-on réellement imputer à la gravité le décès prématuré de ce Picus viridis ? Ou fallait-il voir là un habile coup monté (par exemple quelque sale gamin ayant tué l'animal d'une manière quelconque et propre aux sales gamins avant de le jeter violemment au sol ici afin de diriger les soupçons sur l'arbre...)


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Re: L'intrus

Message par Jack le Jeu 31 Déc 2009 - 6:19

Un frémissement dans l'herbe...

Avec un couinement, un écureuil prit soudain de l'élan et partit en avant. Ses petites pattes trottaient comme des folles. Il n'avait pas peur : il savait que si il échouait dans une telle entreprise, il aurait nécessairement droit à sa place au paradis. Toutefois, cette constatation ne l'obligeait en rien à traîner en attendant que cette place ne lui tombe du ciel.

Avec une trajectoire zigzaguante et plusieurs dérapages artistiques, l'écureuil se rapprochait du tronc, à près de trois mètres par seconde. Il approchait du but. Ses yeux inquiets guettaient la moindre réaction de l'arbre. Il serait le premier, celui qui arriverait à lui dérober un gland si tant est que ce chêne en possède. Au loin, sa famille et ses amis le regardaient et couinaient des encouragements.

Skweek entreprit l'ascension, sans perdre son rythme. Toutefois, il prenait le temps de tester du bout d'une patte chaque carré d'écorce avant de s'appuyer dessus. Beaucoup de valeureux soldats étaient morts en négligeant ce détail. Les yeux inquiets du rongeur arboricole scrutaient le feuillage au-dessus de lui et l'écorce à ses côtés, ses oreilles sensibles étaient en alerte. C'était trop simple. Ce n'était pas normal.

Les battement de son coeur signalèrent à l'écureuil qu'il était temps de faire une pause si il ne voulait pas faire les frais de son excitation en chutant par sa propre initiative... Aussi l'animal testa-t'il une branche et se posa-t'il en haletant.

Rien à gauche. Rien à droite. Rien au dessus... Alors que son métabolisme se reprenait peu à peu, l'écureuil se demanda si les légendes sur l'arbre étaient fausses. Puis se reprit : beaucoup de braves étaient morts d'un tel excès de confiance. L'arbre était traître, et mauvais. Le regard à nouveau perçant de l'animal chercha à évaluer sa hauteur. 5 mètres. Encore 8 à parcourir.

Repartant d'un bond, Skweek reprit cependant son escalade plus lentement. Il approchait du but, ce n'était pas le moment de mourir bêtement, d'une crampe fatale. Toutefois, voyant approcher le ciel, l'écureuil ne put se retenir de prendre son élan pour accélérer, grimper comme un perdu, avant qu'il n'arrive quelque horreur...

PAC !

Le rongueur se figea brutalement.

PAC !

Ses yeux scrutèrent le feuillage et les branchages, à gauche, à droite, à l'affût, à la recherche de la source des claquements.

PACPAC !

L'écureuil aperçut alors un mouvement dans les dernières branches situées au-dessus de lui.

PAC !

Un éclat de plume jaune-vert, du rouge sur la tête, lui révélèrent l'identité de l'individu tapageur : un pic-vert, poursuivant exactement le même genre d'objectifs que lui, mais de manière bien plus provocante.

*Fou ! Tu vas nous faire tuer !*

C'est alors que l'écorce lâcha prise sous les pattes arrière de l'écureuil, et que celui-ci se retrouva soudain accroché par une de ses pattes avant, frustré de s'être laissé distraire...

PACPACPACPACPAC !

*Ne pas paniquer, ne pas paniquer...*

L'écureuil voyait le vide tanguer au-dessous de lui. Il savait que le morceau d'écorce que ses griffes avant enserraient ne tiendrait pas le coup seul sous son poids. Il fallait changer de position, maneuvrer, vite, vite !

PACPAC !

L'écureuil, jetant un regard noir au pic-vert, entreprit un mouvement de balancier...

PACPACPAC !

Sa griffe arrière gauche attrappa un autre pan d'écorce, le testa, et confirma sa solidité. L'écureuil poussa un couinement de victoire...

BANG !!!

Le pic-vert ne l'avait pas vu venir. Propulsé à la vitesse d'une balle de fusil par une force qu'aucun chêne normalement constitué n'était en mesure de développer, le gland fila horizontalement, droit sur sa tête et frappa sans coup férir. L'oiseau, à moitié assomé commença à tomber, ouvrant les ailes dans un reflexe pour freiner sa chute sans parvenir à les battre...

*Mayday mayday !*

L'écureuil tenta vainement d'échapper au boulet animal tombant du ciel, mais sa position encore précaire ne lui permettait pas de se déplacer assez vite. Le pic vert le heurta de plein fouet et l'arracha de l'arbre.

*Non ! Non ! Pas si près du but !*

Le sol vacillait, tournoyait sous les deux animaux en chute libre, et surtout se rapprochait à grande vitesse... D'un moment à l'autre le choc allait se produire. Dans un élan de réalisme, Skweek sut que son heure était venue et couina doucement une prière à ses ancêtres ayant tenté de piller le chêne avant lui, les suppliant de lui faire une place confortable dans l'autre monde.

Dans un bruit mou ponctué d'un léger craquement, pic-vert et écureuil s'écrasèrent aux pieds de Tommen. Aucun des deux ne se redressa. Un souffle de vent, en soufflant dans les branches de l'arbre, généra alors un gémissement lugubre et particulièrement satisfait.


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Re: L'intrus

Message par Tommen Brew le Jeu 20 Mai 2010 - 3:37

Muet de stupeur, l'étranger avait assisté au duel du jeune écureuil aux dents longues et de ce mystérieux vieux chêne qui dégageait pourtant des relents de sapin... et de formol. La présence inopportune d'un outsider furieux avait ruiné les maigres chances de feu l'intrépide rongeur. D'un autre côté, l'arbre avait défouraillé trop vite pour laisser la moindre chance à son adversaire, quel qu'il soit.

Un mystère subsistait néanmoins. L'air crépitait toujours aux oreilles de l'étranger : ses cheveux blancs se hérissaient sur tempes et sa peau était parcourue de picotements. Il n'était pas scientifiquement acceptable qu'une forme de vie végétale, donc dépourvue de musculature comme d'appendices préhensiles, dispose d'une telle puissance de feu. Pour parvenir à un résultat semblable, lui grefferait très probablement à l'arbre un circuit pneumatique interne muni d'une chambre de compression adiabatique et d'un canon rayé semi-automatique directement en dessous du magasin de glands. Toutefois, il était infiniment plus probable qu'un tireur embusqué se soit furtivement glissé dans les branches de l'arbre et défende son fief contre les envahisseurs au moyen d'une arme à distance meurtrière.

Plissant les yeux à la frontière de son stetson, il aperçut la fameuse pomme incongrue qui oscillait tranquillement sous une branche basse devant lui. L'étranger aimait bien les pommes. De plus, il faisait chaud et il n'avait rien mangé depuis son départ de l'hôtel. D'un geste vif et précis, le sécateur jaillit du côté gauche, tourbillonna au dessus de sa tête et émit un claquement net, clair et tranchant, puis retourna dans son holster aussi promptement qu'il en était sorti. Il tendit la main devant lui, et la pomme y tomba souplement.

L'homme au chapeau porta le fruit à sa bouche. Juteux à souhait, sucré comme il faut : si toutes avaient cette saveur, il ne voyait pas d'objection à ce que les pommes poussent sur des chênes si l'envie leur prenait. Après une longue et pensive mastication, le chercheur entreprit de faire attentivement le tour de l'arbre. Le fruit entamé à la main, il scrutait le feuillage avec minutie afin de déterminer le point de départ du projectile.


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Message par Jack le Lun 24 Mai 2010 - 10:11

Suite au claquement sonore du sécateur, un grand silence s'était fait dans la nature environnante. Petits mammifères et oiseaux observaient désormais très attentivement la scène : ils avaient souvent vu des grands bipèdes se promener dans la région, mais jamais ils n'en avaient vu un s'attaquer à l'arbre de façon directe. Or, celui-ci venait de mutiler l'arbre et avait entrepris de manger un de ses rejetons. Ce qui signifiait qu'il n'allait probablement pas s'en sortir indemne.

Toutefois, des sceptiques affirmaient que l'arbre ne pouvait rien contre un animal aussi gros, surtout s'il restait au sol. Après tout, les sangliers qui s'étaient enfuis au premier coup de gland étaient ressortis indemne, quoique blessés dans leur orgueil. D'un autre côté, à la connaissance des individus présents, ils n'avaient jamais mené à bien leur projet de se gratter l'échine contre l'écorce du chêne en lui mangeant ses glands sous son nez. Diverses sortes de victuailles s'échangeaient entre les différentes espèces présentes vis-à-vis de l'issue du duel.

Une minute passa. Scrutant les branches, Tommen crut plusieurs fois apercevoir un mouvement, mais sans jamais en être totalement sûr. Alors qu'un gland tombait non loin, détournant un instant son attention, une branche pourrie située deux mètres au-dessus de lui se décrocha dans un grand craquement, sous une ovation discrète des spectateurs animaux : le spectacle commençait.


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Re: L'intrus

Message par Tommen Brew le Dim 6 Juin 2010 - 0:26

À l’instant où le savant entendit la branche craquer, il sut qu’il était déjà trop tard. Familier des situations où ce genre de réflexe pouvait sauver sa couenne ridée d’un sort funeste, il amorça une fuite en arrière en courbant l’échine, mains préventivement placées au dessus de la tête. Hélas, la lourde masse de bois pourri s’abattit impitoyablement sur son dos voûté avant même qu’il n’ait pu se retourner. Sous le choc, son pied dérapa, lui-même perdit l’équilibre et, les deux bras s’agitant inutilement de chaque côté, s’étala de tout son long dans la terre sèche du verger.

« Tonnerre de Zeus ! »

L’étranger se releva péniblement, crachant des morceaux de terre humectée tout en jurant entre ses dents. Il rajusta son stetson, darda un regard furibond vers l’endroit où la branche avait cédé, et réfléchit à la meilleure façon de continuer à enquêter sans plus être la cible de gags stupides qui n’amusaient de toute façon guère que les écureuils, au vu de la fréquentation des lieux. Techniquement, il pourrait apporter une solution rapide au problème en pulvérisant l’arbre dans un grand choc thermique puis chercher des indices dans ses cendres calcinées. Une approche tentante, quoique peu scientifique.

Finalement, sa curiosité et son goût pour les méthodes non-destructrices l’emporta. Aussi, sous les regards intrigués de la populace animale, il s’enfuit au pas de course en direction de la cabane à outils agricoles la plus proche. Les yeux des petits habitants du verger scrutèrent attentivement la porte de l’endroit dans l’attente de voir l’étranger ressortir revêtu d’une armure intégrale et bardé d’ustensiles tranchants. En revanche, aucun d’entre eux n’aperçut la forme floue qui sortit par la fenêtre de derrière et fila droit sur l’arbre, pour en escalader le tronc à toute vitesse.

Posant à peine les pattes sur l’écorce, le reptile invisible grimpait sans inquiétude grâce à sa prodigieuse capacité d’adhérence. Il avait compris que si la détection des précédents intrus pouvait avoir été effectuée au contact, l’épisode de la branche pourrie impliquait nécessairement une assistance visuelle. Sens qu’aucun arbre normalement constitué ne possédait. Il y avait donc bel et bien quelque chose dans ces frondaisons qui utilisait l’arbre pour terroriser la population animale. Parfait candidat pour ce genre de mission d’espionnage, le caméléon comptait sur son mimétisme naturel pour échapper aux yeux du tireur embusqué ainsi que sur sa vision particulièrement acérée pour le repérer en premier.


Dernière édition par Tommen Brew le Dim 2 Jan 2011 - 4:47, édité 2 fois (Raison : En effet, disgracieux au possible.)
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Re: L'intrus

Message par Jack le Dim 4 Sep 2011 - 14:09

Les premiers mètres de l'ascension se passèrent sans la moindre difficulté. En contrebas, les animaux de la forêt se désintéressèrent temporairement de la cabane à outils, supposant qu'il s'y déroulait quelque chose qui dépassait leur entendement ou que le vieil humain avait déclaré forfait, et la famille de Skweek entreprit, avec toutes les précautions qui s'imposaient, de venir se recueillir autour du corps de son rejeton.

Soudain, un frémissement retentit dans les branches. Les écureuils s'enfuirent en courant rejoindre leurs pairs et scrutèrent les branches.

Avec un froufrou supplémentaire, un gland tomba. Puis un autre. Tommen constata avec effarement que les glands s'abattaient autour de sa position, dans ce qui semblait être une tentative maladroite de la repérer.

C'est alors qu'il le vit.

Perché dans les branches, camouflé dans le feuillage, un jeune enfant de frêle constitution scrutait les environs. Une de ses mains était posée en visière sur ses yeux, quand à l'autre... eh bien la plus simple explication serait de dire qu'elle faisait corps avec l'arbre. Il y avait l'avant-bras du garçon, il y avait la branche, et les deux semblaient... Reliés.

C'est alors qu'un gland heurta la carapace de Tommen.

POC !

Le regard du garçon se tourna brutalement vers Tommen, et un sourire illumina son visage...
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Re: L'intrus

Message par Tommen Brew le Mer 14 Sep 2011 - 23:54

Touché par le projectile à faible vélocité envoyé par son étrange adversaire, Tommen écouta l'instinct de l'animal qui était en lui (à moins que ce ne fut l'inverse) et opta pour une manœuvre de mise à couvert. Toutefois, il ne faisait guère confiance à ces branches, qui toutes trapues qu'elles étaient semblaient étrangement ployer sous un coup de vent dès qu'il s'abritait derrière l'une d'elles. Aussi, le caméléon modifia ses plans et, employant au mieux ses yeux proéminents pour déterminer un parcours optimal, entama une progression tactique faite de déplacements furtifs, de basculements de son plan d'évolution, et d'utilisations répétées de micro-couverts. Le tout dans un but avoué de gêner et embrouiller au maximum la visée de son adversaire. L'animal se réjouit : sa science militaire était décidément parfaite.

POC !

Tommen fut agacé. Agacé, percuté en pleine face par un gland véreux, et plus encore, blessé dans sa dignité d'homme de science. Sous forme humaine, il n'aurait probablement vu là qu'un gamin rieur à la morphologie surprenante s'adonnant à une distraction de son âge consistant à bombarder cruellement d'innocentes créatures au moyen de projectiles potentiellement mortels pour leur fragile constitution. Bref, le sale gosse aurait reçu une bonne fessée accompagnée d'un sermon pompeux sur la valeur de la vie animale ainsi que l'importance de l'assiduité à l'école, et justice aurait été rendue. Cependant, la vision réticulaire dont bénéficiait présentement le savant donnait à la situation un tout autre aspect.

Un air de scène finale prise en contre plongée, figurant d'un bord le fier reptile embusqué, ne demandant qu'à en découdre mais qui voulait d'abord avoir le fin mot de l'histoire, et au fond de lui ne savait pas s'il était vraiment à la hauteur ; de l'autre le méchant invincible et goguenard, dilapidant munitions et provocations comme si elles poussaient sur les arbres. Ce qui était précisément le cas, en y réfléchissant. Notre héros ne pouvait donc l'emporter par une tactique d'épuisement telle que celle qu'il employait actuellement. Il devait procéder autrement.

Dans ce qu'il voulait être un roulé-boulé exécuté avec maestria et se rétablissant sans frémir dans le collimateur de son adversaire, mais qui tenait effectivement davantage de la reptation très commune accompagnée d'un sifflement reptilien à la sonorité vaguement perfide, Tommen prit position en face de son antagoniste. Celui-ci, un gland à la main, considéra un instant avec perplexité ce volte-face, puis retrouva son sourire et s'apprêta à caillasser joyeusement la créature devant lui.

*Dégaine, coyote !*

L'enfant-arbre amorça son jet. Mais avant même d'atteindre sa vitesse de lancement, le gland lui fut ôté de la main par un sifflement humide qui ne dura qu'un instant. Le tireur incrédule cligna trois fois des yeux, contemplant sa paume poisseuse et vaguement endolorie, puis se décida à reporter son regard sur le reptile, certainement cause de cette bizarrerie. Bien entendu, celui-ci arborait à son tour un sourire goguenard (qui lui donnait un air de monstre hideux et probablement atteint de démence sévère), le gland au coin de la lèvre. Puis le caméléon parla.

« Bien. Assez joué, petit. Tu vas finir par blesser quelqu'un, et ça pourrait bien être moi si je suis aussi prudent que d'habitude. Qu'est-ce que tu manigances, avec cet arbre ? »


Dernière édition par Tommen Brew le Lun 26 Sep 2011 - 20:24, édité 1 fois (Raison : Corrections balistiques)
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Message par Jack le Sam 17 Sep 2011 - 21:24

Le garçon garda un instant une expression surprise, puis plissa les yeux, resta pensif un moment, hocha la tête d'un air entendu, et ôta son bras "piégé" de la branche d'arbre pour le croiser avec l'autre.

"De la sociologie.", répondit-il

L'enfant commença ensuite à balancer ses jambes en poursuivant son explication.

"Ces derniers temps, j'ai beaucoup réfléchi à la notion de religion, et en particulier à ce qui pousse un individu conscient et indépendant à se faire le serf d'une puissance qui ne fournit quasiment aucune preuve de son existence. Il me semble que la peur y prend une majeur part. Peur de la mort, de la solitude, d'une nature indomptable... Un ensemble de facteurs issus d'un environnement hostile, que l'on condense dans une explication divine unique par amour de la simplicité théorique.

Cet arbre sur lequel nous nous tenons est une expérience simple permettant d'évaluer si la seule peur suffit à fonder la croyance. Il est l'incarnation d'un élément de nature inconnu, étrange, immoral et agressif, et en cela est effrayant. La réaction des petits animaux forestiers tendrait à valider ma théorie, cependant celle des Cartes n'est pour l'instant pas concluante...

Je crois qu'elles soupçonnent leur pairs, et que ceci fausse leurs réactions. Peut-être devrais-je altérer davantage cet arbre d'une manière qui n'est clairement pas accessible à une simple Carte... Ou peut-être devrais-je faire en sorte qu'elles jugent cet arbre plus menaçant à leur égard qu'il ne l'est actuellement."


Le garçon, songeur, attira à lui une pomme d'un arbre en contrebas, et commença à la grignoter, tout en gardant ses yeux sur le caméléon qui lui tenait lieu d'interlocuteur...
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Re: L'intrus

Message par Tommen Brew le Sam 1 Oct 2011 - 19:15

Bien entendu, rien n'aurait pu à cet instant faire plus plaisir à Tommen que de causer métaphysique avec un mioche n'en ayant selon toute vraisemblance que l'apparence, perché sur une expérience de sociologie possédant les routines comportementales d'un drone de combat pesdan, tout en remportant l'admiration de la faune des sous-bois lorsqu'il redescendrait triomphalement et bien vivant. Quoique, une bonne grosse mouche bien juteuse...
Le savant choisit donc d'entrer dans le jeu de l'enfant, et de contester sa théorie :

« Balivernes ! Altérer ce chêne au point qu'il ne subsiste plus de doute quant à son statut de manifestation divine ne prouverait rien du tout. Réfléchis un peu, mon garçon : on y verrait-là l’œuvre d'une puissance supérieure, et on aurait raison. Ce ne serait plus une question de croyance mais de discernement. Et tant qu'on y est, il me semble que ce sont bien des phénomènes inaccessibles à une "simple" Carte (quel que soit le rôle que tu joues dans ton jeu) qui poussent celles-ci à la vénération d'entité divines signifiant ainsi leur présence. »

C'était bien là le problème le plus simple. Une manifestation divine considérée comme telle n'apportait pas le moindre élément de réponse. La démarche scientifique était plus fine que cela, et l'enseigner à un marmot de cet âge-là serait une autre paire de manche. Il n'y avait qu'à le voir interpréter les réactions fébriles et couardes d'une poignée de bestiaux comme la reconnaissance de sa toute puissance. Ah, les mioches. Tommen choisit donc de partir de cet exemple et s'employa à l'expliquer à son jeune interlocuteur :

« Je crois par ailleurs que tu fais erreur en croyant que ces chers petits animaux forestiers, ainsi que tu les nommes, considèrent ce chêne comme la preuve de l'existence d'une puissance supérieure. En quelque sorte, c'est bien le cas. Mais ils ne voient-là qu'une créature imposante et féroce, attaquant à vue les malheureux qui pénètrent sur son territoire. Un comportement qu'ils connaissant finalement assez bien.
C'est leur instinct de survie, et non leur hypothétique tendance à la superstition qui les pousse à s'en tenir à une distance respectueuse et à le craindre. Bien sûr, certains bravent parfois cet interdit tacite. Mais là encore, il existe une explication parfaitement rationnelle (il y en a toujours une) En demeurant inviolé, ce chêne a engendré des réserves impressionnantes de glands, dont les rongeurs comme les pic-verts sont friands, et l'appétit de ces êtres simples l'emporte bien souvent sur leur prudence. »


Satisfait de son explication, Tommen laissa quelques instants au garçon face à lui pour l'assimiler. À son âge, appréhender le fonctionnement d'un écosystème fonctionnel n'était probablement pas la tâche la plus aisée. Quand il fut clair que l'enfant attendait la suite avec intérêt (ou que sa mère lui avait très bien appris à servir cette espèce de regard attentif et respectueux à ses aînés), le savant continua :

« Pour en revenir à ton idée de départ, qui me paraît audacieuse d'un point de vue scientifique, l'examen de ces créatures dans le cadre de l'étude d'un phénomène propre aux seules Cartes est clairement inapproprié. On ne peux pas attendre des premières la capacité de raisonnement et la complexité déductive des dernières.
Or, tu dis que les locaux suspectent leurs pairs. C'est ma foi inexact. Je suis d'ailleurs ici pour déterminer l'origine des phénomènes étranges liés à cet arbre, et je peux te garantir que la vérité intéresse davantage la population que l'identité d'un coupable. Bien sûr, il existe des suspicieux. Il en existe toujours. Après tout, le crime profite toujours directement ou non à quelqu'un. Ceci dit, pour obtenir la récompense offerte, il me faudra fournir, je cite " une explication scientifique solide à ces phénomènes ". Preuve incontestable s'il en fallait une que pour tout étrange et effrayant que soit l'élément inconnu, il n'est pas un vecteur nécessaire et suffisant à l'établissement d'une théorie religieuse. »


Son discours terminé, Tommen souleva son menton d'un air suffisant, défiant son interlocuteur de trouver une meilleure conclusion aux phénomènes observés. De fait, un caméléon au regard arrogant autant que torve considérait un garçon d'environ dix ans, penchant progressivement la tête sur le côté tandis que ses yeux oscillaient dans l'autre sens afin de conserver le même champ de vision. Et il venait de susurrer un cours improvisé de biologie, option sociologie animale, chapitre conception métaphysique de la faune des sous-bois.

« Je ne t'ai pas demandé : comment t'appelles-tu, mon garçon ? »
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